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Exclus et précaires

L’expérience lilloise d’une université populaire comme relais social

Grâce à ATD Quart-Monde Lille, les personnes n'ayant jamais eu accès au savoir ni à la parole apprennent à développer et à exprimer leur pensée. Elles font ainsi l'expérience du respect mutuel et retrouvent la dignité et l'énergie nécessaires pour prendre la parole et s'engager dans la société
ATD Quart-Monde (Aide à toute détresse) est une organisation non-gouvernementale (ONG) de lutte contre la grande pauvreté et l'exclusion sociale. C'est un mouvement de refus de la misère et de partage des savoirs qui regroupe des personnes de différents horizons sociaux ayant des aspirations politiques, culturelles et spirituelles diverses. Ce mouvement est représenté dans huit pays d'Europe et dans plusieurs pays d'Afrique, d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et d'Asie. L'action de l'organisation a lieu à différents niveaux dans chacun de ces pays. En France, des universités populaires sont organisées dans le cadre de l'organisation. Ghislaine Biare est membre d'ATD Quart-Monde Lille depuis vingt-trois ans et membre active des universités populaires depuis douze ans. Les universités populaires donnent aux adultes les plus démunis la chance de découvrir ou de redécouvrir leur identité. Le fonctionnement des universités populaires est relativement simple. Tout d'abord, un thème est choisi par les participants. Il s'agit souvent de problèmes les concernant au plus près. On y aborde l'école, le logement, le travail, les droits et les devoirs de chacun, l'exclusion, l'intégration, etc. Ce thème est préparé, débattu pendant des séances de travail dans chacun des douze points de réflexion installés dans la région Nord. Ensuite, tous les participants se retrouvent à Lille, une fois par mois, et débattent autour d'animateurs et d'invités spécialistes du thème choisi. Ces rencontres réunissent une centaine de personnes. Le débat s'organise à partir des travaux que chaque groupe de réflexion apporte sous des formes les plus originales possibles : pièces de théâtre, affiches, chansons, jeux de rôle. Chacun exprime ce que le thème signifie dans sa propre vie, avant qu'il soit élargi à l'ensemble du groupe. Dans ce cadre, tout le monde peut s'exprimer sans avoir peur du regard de l'autre et la parole est donnée à des personnes qui ne l'ont généralement jamais eue. Pour les habitués, les universités populaires sont le seul endroit où ils peuvent parler et où ils trouvent une écoute. C'est un exutoire. En évoquant leurs difficultés, ils s'enrichissent de la parole des autres et redistribuent leurs connaissances vers leur entourage et leur quartier.
Dans le Nord, les premières rencontres des universités populaires avaient pour thème la loi sur l'exclusion de 1998. Cette loi découle en partie des requêtes de familles qui avaient mené, au sein d'ATD Quart-Monde, une réflexion sur le droit à la santé, au logement, à l'éducation, à la formation professionnelle et à un minimum vital. Cette démarche sert d'exemple aujourd'hui pour démontrer aux plus démunis qu'ils peuvent être acteurs de leur propre devenir. A présent, les universités ont dépassé le cadre de l'exclusion pour se préoccuper de difficultés n'étant plus celles des seules populations du Quart-Monde. Des questions de sociétés comme: "Nos enfants ont des qualités, parlons-en !" ou "Réfléchissons à la qualité de notre entourage" sont abordées. Sur ce dernier thème, les participants ont été invités à raconter une expérience positive avec leur entourage à une Africaine, qui a transformé l'histoire de leur vie en conte. Pour certains, Ghislaine a constaté que le cadre des universités était encore trop impressionnant. Il implique de se dévoiler et donc de s'exposer aux jugements. Tenant compte de cette observation, elle participe à la mise en place de préparations individuelles destinées aux personnes qui n'ont pas encore la force psychologique suffisante pour aller à la rencontre des autres. En douze ans de bénévolat actif au sein des universités et des quartiers, Ghislaine Biare a pu assister à l'épanouissement de certains participants qui, ayant enfin réussi à extérioriser leurs angoisses, ont retrouvé force morale et énergie. Ne voulant pas que leurs enfants connaissent le même parcours qu'eux, ils ont décidé de redevenir acteurs de leur propre vie et se sont souvent engagés dans la vie associative de leur quartier.

Les universités populaires doivent leur succès autant à l'implication des bénévoles qu'à la volonté des populations démunies de prendre leur destin en main. Leur situation les a encouragées à entreprendre une démarche participative, dont elles restent les principaux demandeurs et acteurs.


LES AUTEURS

Juliette LABRE
Université de Lille 1. IUP ENVAR : Institut (...)
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Fiches d’expériences

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- Exclus... changer de rôle : du spectateur au créateur
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