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Gestion durable des sols

Moeurs alimentaires au Burkina Faso et au Bénin

Mange, c'est du coton!
Il y a dix ans, le coton "glandless", produisant moins de fibres que le coton traditionnel, fut boudé par les agriculteurs. Mais les études ont montré que les graines de ce coton, non toxiques pour l'homme et parfaitement comestibles, permettent la fabrication d'huile et de farine de coton, comme avec des graines de céréales. De plus, des améliorations génétiques ont permis un rendement en fibres identique à celui du coton traditionnel. Aucun frein de rentabilité économique ne s'oppose plus à sa culture.
La Côte d'Ivoire l'a bien compris: avec déjà 60 000 ha plantés de coton "glandless", le double à court terme, le pays s'est doté, à Bouaké, d'une usine de transformation des graines de coton qui produit de l'huile de table, des tourteaux pour l'alimentation animale et qui pourrait également produire des farines alimentaires. Ce "coton qui se mange" possède en effet des qualités nutritionnelles exemplaires. "C'est la deuxième ressource en protéines au monde, derrière le soja" dit un chercheur du CIRAD, un institut spécialisé dans la recherche tropicale. A Abidjan, l'Institut national de santé publique étudie, avec des résultats concluants, comment utiliser la farine du coton "glandless" comme lait de sevrage des nourrissons. Au Burkina Faso, dans deux centres de récupération nutritionnelle, une soixantaine d'enfants sont traités efficacement contre la malnutrition avec des bouteilles à base de farine de coton, et il a été montré que 60% des protéines du lait peuvent être remplacées par les protéines des graines de ce coton. Les Burkinabés ont également commandé à l'usine de Bouaké 600 kg de farine de coton pour évaluer l'impact de son utilisation dans l'alimentation des populations locales.
Par ailleurs, à Ouagadougou, l'Institut national de la recherche agronomique travaille à la mise au point de matériel artisanal de transformation de la graine du cotonnier, afin d'éviter le recours au meunier, onéreux et souvent éloigné. Le Bénin mise, quant à lui, sur la graine de coton non dans un but mercantile mais pour conforter ses besoins alimentaires et développe la fabrication d'huile et de farine de coton. En quelques mois, près de 700 femmes ont été formées aux techniques artisanales de transformation. Le CARDER (Centre d'action régional pour le développement rural)et la SONAPRA (Société nationale pour la recherche agronomique)fournissent les graines de coton "glandless", les femmes, groupées en réseau, concassent, trient et broient pour obtenir farine infantile, pain, moutarde, lait ou nougat et ont mis au point une presse mécanique pour extraire une huile de très bonne qualité. Ces produits rencontrent un grand succès, notamment le pain qui gonfle bien et a bon goût, et les "kouli-kouli", beignets de coton dont les enfants se régalent.

Voici un nouvel exemple de l'exploitation multiple que l'on peut faire d'une plante qui, il y a dix ans, était dédaignée. Ce coton "glandless" allie à la fois la culture de rente, source de devises, et la culture vivrière, si souvent délaissée. Ce coton, amélioré par les chercheurs, est maintenant cultivé par les paysans du Bénin, de la Côte d'Ivoire et du Burkina Faso. Reste maintenant à le faire accepter par les populations locales, mais cela ne devrait pas poser de problème si l'on s'y prend comme au Bénin. En effet, les femmes, en transformant ces graines de coton, apprennent à en connaître les dérivés, et du coup les intégrent dans la vie quotidienne, alors qu'un produit simplement présenté sur un étalage risque d'attirer la méfiance. Par contre, la culture du coton demande une quantité énorme de pesticides et il ne semble pas, d'après cet article, que l'on se soit préoccupé des résidus de pesticides contenus éventuellement dans la farine ou l'huile extraits de ces graines de coton "glandless".


LES AUTEURS

Annie Bouguerra
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