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Gestion durable des sols

Restauration de la fertilité des sols en Afrique Sub-saharienne : quelques approches et perspectives

La baisse de la fertilité des sols préoccupe au plus haut point les agriculteurs, les services publics, les organisations non gouvernementales (ONG)et autres organisations de base en Afrique sub-sahariennne. Quelques propositions sur cette question.

La baisse de la fertilité des sols préoccupe au plus haut point les agriculteurs, les services publics, les organisations non gouvernementales (ONG)et autres organisations de base en Afrique sub-sahariennne. Dans cette zone, " l'épuisement des sols reste un phénomène très dominant ", comme le remarque Mr. Henk BREMAN, chercheur hollandais, directeur du Centre International pour la Gestion de la Fertilité International pour la Gestion de la Fertilité des Sols en Afrique, une institution installée à Lomé (Togo)depuis les années 1980 et connue auparavant sous l'appellation Centre International pour le Développement des Fertilisants (IFDC).

Ce chercheur estime que la qualité extrêmement médiocre des ressources naturelles a été bien souvent un aspect négligé dans les analyses des retards de l'agriculture africaine. Pourtant, ajoute-t-il, cet aspect explique pourquoi l'Afrique n'a pas profité de la " révolution verte " : la ressource de base disponible pour l'agriculture est tellement pauvre que les productions sont insuffisantes par rapport à la population.

En fait, précise Mr. BREMAN, Ce continent se trouve dans une situation de surpopulation avec en réalité une densité démographique absolue très faible. Et ceci entraîne quatre conséquences négatives importantes pour l'intensification agricole basée sur l'utilisation des intrants externes :

- l'efficacité des engrais est très limitée ; ceci s'explique par un faible taux de récupération des éléments nutritifs par les plantes, dû aux énormes pertes causées par des sols déjà très appauvris et dégradés ainsi qu'au climat très défavorable ;

-les coûts des engrais et des autres intrants externes sont élevés, de même que ceux de commercialisation des produits agricoles en raison de la faible densité des routes ainsi que des systèmes de transport peu développés ;

-le marché local des produits agricoles est d'une importance relativement limitée et son taux de croissance est plus faible qu'ailleurs ;

-les coûts de création d'emplois hors du secteur agricole sont élevés. A partir de ces constats, la gestion des terres en Afrique se révèle comme un processus complexe qui présente de multiples facettes. Des décennies de recherche basée sur des approches sectorielles et fragmentaires n'ont pu améliorer notablement la situation de l'agriculture dans la région.

Dès lors ,l'IFDC-Afrique opte aujourd'hui pour une approche globale et intégrée de la gestion des terres dans les pays africains :

-en associant les engrais organiques aux engrais inorganiques,-en combinant les actions agro-écologiques avec les interventions socio-économiques,

-en coordonnant les efforts des acteurs à tous les niveaux (services publics, institutions de recherches, ONG, communautés de base, etc.). Dans le cadre de divers programmes internationaux tels que l'initiative pour la Fertilité des Sols lancée en 1996 par la Banque mondiale et la FAO ; le Consortium pour la lutte contre l'épuisement des sols et le Programme éco-régional pour les régions tropicales sub-humides, tous deux initiés par le Groupe Consultatif pour la Recherche Agricole Internationale(CGIAR), l'IFDC-Afrique encourage déjà plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest à élaborer des stratégies et des plans d'actions nationaux pour la restauration, l'amélioration et le maintien de la fertilité des sols.

Le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, le Cameroun, la Guinée, la Sierra Leone et le Togo sont déjà engagés à des degrés divers dans ces activités de recherches. Face aux recherches de l'IFDC-Afrique, des inquiétudes souvent exprimées concernent les facilités d'accès, d'adaptation et d'utilisation de ces recherches par la majorité des petits exploitants agricoles d'Afrique.

Ces inquiétudes ont eu des répercussions dans divers forums organisés en Afrique, tel que l'atelier organisé du 3 au 9 juin 1997 à Nairobi (Kenya)par le Comité ONG du CGIAR que nous avons mentionné plus haut. Cet atelier a recommandé notamment :

-la promotion des méthodes intégrées de gestion de la fertilité des sols (y compris l'utilisation accrue des phosphates, la combinaison des sources organiques et inorganiques), des méthodes de culture incluant les rotations, la jachère et d'autres systèmes associant l'agro-foresterie, ainsi que des systèmes associant l'agriculture et l'élevage ;

-l'encouragement des techniques de gestion des éléments nutritifs adaptées aux petits exploitants agricoles, de même que des systèmes de gestion basés sur les connaissances aussi bien indigènes que scientifiques.

Bien avant cet atelier de Nairobi, la rencontre nationale " Etats généraux de l'agriculture et du Foncier au Togo " organisée en 1992 a retenu parmi ses recommandations : " la généralisation de l'utilisation des phosphates naturels pour pallier le problème du coût de plus en plus élevé des engrais chimiques en général et des phosphates en particulier ".


De la prise de conscience des problèmes aux recommandations, des recommandations aux applications de solutions concrètes, beaucoup d'efforts et de moyens restent encore à mobiliser.


LES AUTEURS

Koffi Kinikpor
Groupe d’Action et de Recherche en Environnement
+ de 4 article(s)



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