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Gestion durable des sols

La dégradation chimique des sols de Bretagne

En Bretagne, l'agriculture et l'élevage sont intensifs. On y pratique, depuis 25 ans, un élevage porcin hors sol et une monoculture de maïs destinée à son alimentation. Les industries agroalimentaires qui se sont développées dans cette région sont nombreuses et diversifiées.
Cette région est très connue, et même citée en exemple, pour la pollution de ses eaux par les nitrates et les pesticides ; elle est, en revanche, peu connue pour la dégradation de ses sols.
La couverture pédologique de cette région est soumise à un appauvrissement naturel lié au caractère lixiviant de son climat et à la pauvreté en bases de son substrat géologique, notamment granitique. Les sols limoneux, sur schiste, sont pauvres en matière organique ; ils montrent une sensibilité importante au tassement et à l'érosion.
De ces faits, l'auteur souligne les difficultés méthodologiques de la mise en évidence systématique et de manière rigoureuse de la dégradation chimique de ces sols comme conséquence de l'activité humaine. Néanmoins les résultats des études ponctuelles menées dans cette région tendent à montrer l'existence d'une réelle dégradation chimique de ces sols liée à l'intensification agricole. Cette dégradation se manifeste d'une part par des accumulations dans le sol :
de phosphore apporté par les engrais ; de cuivre et de zinc utilisés en complémentation minérale des porcs et dont l'animal ne retient qu'une faible partie, la majeure partie se retrouvant dans ses effluents qu'on épand sur les sols. Tous ces éléments sont stockés dans la partie tout à fait superficielle du sol. Suite au ruissellement et à l'érosion, ils se retrouvent dans le réseau hydrographique ;
- de métaux lourds, cadmium et plomb, apportés par l'épandage des boues de stations d'épuration ;
- de pesticides apportés par les produits phytosanitaires et de leurs métabolites.
D'autre part, elle se manifeste par une certaine acidification du sol et par la baisse de son stock organique.
L'auteur s'interroge par ailleurs sur le devenir des pesticides et surtout sur celui des métaux lourds piégés mais faiblement retenus par la matière organique. Ne s'agit-il pas là de bombes à retardement?
L'auteur souligne que, globalement, les risques de dégradation chimique des sols de Bretagne sont très largement sous-estimés au regard de l'attention portée à la pollution des eaux de surface, alors que la perte d'efficacité des fonctions épuratrices du sol constitue un risque majeur pour l'avenir de cette région. Il note que le pouvoir épurateur des sols est déjà fortement mis à contribution par l'agriculture elle-même ; il risque d'atteindre ses limites quand les industries agroalimentaires vont avoir un intérêt économique à se débarrasser de leurs déchets par épandage sur les sols.
Pour l'auteur, le concept de dégradation chimique doit être étendu à tout ce qui atrait à une altération des fonctions du sol. Il doit être référé non seulement à la productionagricole mais à la qualité de l'environnement, à la valeur esthétique des paysages et auxcontraintes liées à l'aménagement du territoire. Dans cette optique, il définit trois types de risques de dégradation chimique des sols :
- les risques bien identifiés et dont les remèdes sont bien cernés et faciles à mettre en oeuvre comme c'est le cas pour les compléments minéraux des aliments destinés aux porcs (cuivre, zinc etc.);
- les risques bien identifiés et pour lesquels le remède supposerait une remise en cause profonde du système de production. C'est le cas par exemple de la baisse du taux de matière organique ;
- les risques mal identifiés tels que les risques sanitaires. Peu de choses sont connues sur l'évolution dans les sols des molécules médicamenteuses ingérées par les animaux.
La jachère de courte et moyenne durée introduite par les mesures européennes et la réglementation enmatière d'épandage d'effluents d'élevage introduite par la loi sur l'eau vont-elles avoir un effet bénéfique sur les sols ? Peut-on envisager le transfert d'une partie des sources chimiques potentiellement polluantes des zones à forte activité agricole et industrielle vers le centre de la Bretagne où ces activités sont nettement moins intenses ? Autant de questions que l'auteur se pose et qui mettent en évidence les difficultés que pourrait connaître cette région à l'avenir.

La Bretagne qui représente 6 % de la surface agricole utile de la France, concentre, à elle seule, plus de la moitié du cheptel porcin français. Elle représentait, en 1994, selon les statistiques publiées par l'Institut Technique du Porc, la deuxième grande région d'élevage porcin de la CE. Selon les mêmes chiffres, en 1994, la Bretagne a contribué à hauteur de 55% à la production porcine française ; elle a produit 63.4% du tonnage des aliments composés industriels français destinés aux porcs. Ces chiffres mettent en évidence l'importance de l'élevage hors sol pratiqué dans cette région et l'importance des quantités de déchets produits. C'est autrement dire l'importance des quantités de nitrates et autres produits chimiques et biochimiques incorporés aux aliments qui sont apportés annuellement au sol par les épandages d'effluents d'élevage.
La production végétale intensive associée à cet élevage, à son tour, dégrade les propriétés du sol et y accumule des produits chimiques. Sa mise en place a nécessité, par ailleurs, le remembrement des terres agricoles et le drainage des terres humides. Ce qui a eu pour effet l'élimination de l'obstacle à l'érosion que constituait la haie et l'élimination de la dénitrification qui se produisait dans les sols hydromorphes.
La dégradation de la qualité des eaux superficielles est certes l'objet d'une large médiatisation. Mais, c'est l'arbre qui cache la forêt. Cette dégradation n'est en effet qu'une conséquence de l'affaiblissement des fonctions épuratrices du sol. Les connaissances pédologiques actuelles permettent de mieux en analyser les causes, et devraient permettre d'en limiter les conséquences.


LES AUTEURS

Rabah Lahmar
TORBA, Sols & Sociétés, France
+ de 19 article(s)



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