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Yin-Yang (relation masculin-féminin)

Femmes et paix : Compte-rendu de l’atelier préparatoire

Les participantes réunies à Amsterdam s'entendent sur la nécessité d'étendre la compréhension de la guerre aux autres formes de violence qui traversent la société, et pour affirmer qu'à ce niveau les femmes ont un rôle permanent à jouer, en faisant valoir dans l'espace public les idées et les attitudes propres à empêcher que les relations sociales s'abandonnent à cette logique de domination et de contrainte.

Quoique la plupart d'entre nous ne se connaissait pas auparavant et que nos origines et les situations dans lesquelles nous nous trouvons soient extrêmement variées, nous avons constaté - avec surprise et plaisir - l'identité de nos points de vue sur la guerre et la résolution des conflits. Ainsi, il est apparu très vite que nous nous rejoignions sur la définition de la guerre et par extension sur celle de la paix, et sur l'évidence de la non-violence comme moyen de parvenir à la paix.

Pour toutes les femmes présentes à la réunion, la guerre ne se limite pas uniquement aux conflits armés mais englobe la violence quotidienne exercée à l'égard des êtres humains, plus particulièrement des femmes (violence patriarcale, violence sexuelle, mafia et autres pouvoirs économiques). Ainsi, les expériences relatées par Angel Cassidy, à la tête d'une organisation d'ex-prostituées, et Rita Borsellino, qui mène une campagne contre la mafia en Italie (voir fiche 5), ont été reprises par toutes comme étant les facettes moins reconnues mais tout aussi importantes de la guerre, sa facette évidente étant le conflit armé entre deux pays ou deux factions à l'intérieur d'un territoire. Et, tout comme la guerre ne se limite pas aux conflits armés, la paix ne signifie pas seulement le "cessez-le-feu", mais la justice, l'égalité et la liberté. La coexistence inclue le respect de l'autre et un équilibre des deux parties.

Les expériences racontées par les participantes qu'il s'agisse de Marie-Louise du Burundi et la manière dont elle a réussi à réconcilier deux camps adverses (Hutus et Tutsis) par le dialogue et la patience (voir fiche 16) ou de Angel et sa détermination de sortir de l'enfer de la prostitution ont révélé beaucoup de points communs dans les approches adoptées. Le déroulement même de l'atelier (programme à la fois flexible et structuré, récits d'expériences, pas de hiérarchie etc..) a fait ressortir un certain nombre de valeurs qui nous ont paru importantes à développer et à transmettre. L'idée de les appeler des "valeurs féminines" a été rejetée après un court débat par l'ensemble des participantes comme une reproduction de la séparation et la construction sociale des sexes. Mais il se trouve que dans notre monde ce sont souvent les femmes qui les portent par leur attitude, parce qu'elles ne mettent pas de frontières entre l'espace public et l'espace privé. On peut résumer ces valeurs et pratiques en six points :
1. L'organisation et le fonctionnement non hiérarchique
2. Le partage démocratique et transparent de l'information et du pouvoir
3. La solidarité
4. La flexibilité
5. Une définition claire et réaliste des buts et objectifs afin d'éviter les pertes d'énergie et la motivation
6. L'échanges des expériences réussies

Toute stratégie de construction de paix doit commencer avant l'éclatement du conflit, pendant le conflit et après que celui-ci ait cessé. L'apparition des conflits armés n'est jamais une surprise. Beaucoup de signes précurseurs l'annoncent et doivent nous inciter à la mobilisation et à la vigilance.

Avant le conflit armé :
- Il s'agit avant tout de créer des liens de confiance entre les femmes, des réseaux et des voies de communication.
- Elargir au maximum les réseaux de solidarité à l'échelle internationale.
- Encourager la participation politique des femmes.

Pendant le conflit :
- Rechercher plutôt les points d'accord entre les deux parties et "dépolitiser" au maximum le débat.
- S'inspirer de méthodes traditionnelles positives de résolution des conflits.
- Utiliser la vacuité de l'espace public (social et politique) provoquée par l'absence masculine pour renforcer et augmenter la présence des femmes dans les organisations sociales et politiques.

L'éducation à la non-violence, à la communication et à l'acquisition de la confiance en soi par le renforcement de ses propres capacités, la formation, etc., doivent évidemment rester un souci permanent.

L'occupation des espaces traditionnellement monopolisés par la composante masculine a dans certaines situations donné aux femmes la possibilité de mettre en pratique leur savoir-faire en matière de résolution des conflits. Ce qui leur a valu a posteriori une reconnaissance et une sollicitation ultérieure pour intégrer des instances de prise de décision. Quatre conséquences intéressantes ont découlé de ces expériences :
- des changements sensibles des modèles de sociétés traditionnels, et prise de conscience du besoin d'associer les femmes dans les instances de prise de décision.
- l'existence de réseaux de solidarité de plus en plus efficaces contre la guerre.
- la prise de conscience et la prévention de régressions possibles après les conflits concernant le rôle des femmes dans la société (cas algérien et sahraoui).
- un effet de boule de neige des expériences réussies. Mêmes très localisées, elles constituent de véritables écoles de la paix si elles disposent des réseaux suffisants pour les diffuser et les rendre visibles.

Se sont dégagés de notre interaction au cours de ces deux journées quelques axes de réflexion et d'actions qui nous semblaient majeurs et sur lesquels un consensus a été atteint.

Axes de réflexion
- l'importance de faire le lien entre patriarcat, discrimination sexuelle et violence.
- les formes diverses de conflits (armés, militarisation, crime organisé, prostitution) sont également des formes de guerre souvent liées. Toute stratégie de construction de paix devra tenir compte de ces dimensions.
- l'importance de donner plus de visibilité aux initiatives locales de paix réussies afin de valoriser le potentiel créatif des femmes et leur rôle dans la transformation des conflits, ceci étant susceptible de provoquer l'effet de boule de neige cité plus haut.

Pistes d'action
- l'éducation à la paix
- l'action contre l'impunité
- l'action contre la militarisation
- le renforcement des capacités des femmes et l'encouragement à une plus grande participation politique
- le renforcement des réseaux de solidarité, d'échange d'expériences par régions et continents
- le renforcement des mécanismes des Nations Unies.

La conférence de la Haye pour la paix a été une excellente opportunité pour réunir préalablement des femmes actives dans le domaine de la paix et la résolution des conflits. Partager des expériences, réfléchir ensemble, nous renforcer mutuellement et proposer des stratégies de résistance à la violence et à la guerre, tel a été le motif de cette rencontre.


Source : Compte-rendu de l'atelier préparatoire à la conférence de La Haye.


LES AUTEURS

Caroline Brac de la Perrière
Historienne. Association 20 ans Barakat.
+ de 6 article(s)


Nadia Leila Aïssaoui
Algérie, Liban
+ de 15 article(s)



Fiches d’expérience

- Femmes et paix : quelle contribution du chantier Yin Yang à la conférence de La Haye ?
- Quand les femmes inventent des voies non-violentes pour gérer les conflits


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