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Yin-Yang (relation masculin-féminin)

Femmes et paix : quelle contribution du chantier Yin Yang à la conférence de La Haye ?

La perception des manières dont la relation masculin-féminin se traduit dans l'ordre social (et le fait évoluer) est une dimension essentielle de l'analyse des conditions qui font que la violence peut prendre des formes collectives ou systématiques. Pour agir également sur ces conditions, aucune approche de la résolution des conflits ne peut faire l'économie d'une valorisation des expériences et des stratégies féminines dans ce domaine.

L'appellation Yin Yang que s'est donnée notre chantier exprime l'évolution de la représentation de la différence sexuelle et le dépassement d'une pensée binaire où les opposés s'excluent et se dominent. Un de nos objectifs principaux est de rechercher les changements apparus dans nos sociétés depuis que les femmes ont accédé à l'espace public (monde du travail, politique etc.), ce qui ne peut que le modifier profondément. Cette redéfinition ne se fait pas sans une certaine résistance car les identités de l'un comme de l'autre sont appelées à se transformer. Cela implique une restructuration de l'organisation sociale, une modification de la représentation socio-culturelle des rôles et le développement de normes et de valeurs nouvelles. Ce processus nécessite des sacrifices et des remises en question parfois douloureuses et génératrices de violence.

Le lien entre l'accès des femmes à la vie publique et la montée de la violence envers elles nous semble par conséquent évident. Les femmes ont été les premières à bousculer l'ordre masculin dominant et à revendiquer des sociétés plus égalitaires. Ce sursaut a réveillé une peur profonde que s'effondrent les modèles sociétaux classiques (en particulier patriarcal). Le passage d'une société hyper-masculine à une société de plus en plus imprégnée de féminin est ressenti à la fois comme une nécessité face à l'échec du modèle précédent, mais également comme une menace qui tend à brouiller les repères identitaires fortement ancrés dans l'inconscient collectif.

Notre motivation à participer à l'événement de la Haye

Du 11 au 15 mai 1999 se tiendra à la Haye la conférence commémorant le 100ème anniversaire de l'Appel de la Haye pour la paix. Elle vient à point nommé si on visualise la cartographie grandissante des conflits dans le monde. Le siècle écoulé aura été le plus sanglant de toute l'histoire de l'Humanité.

Aujourd'hui, il ne se passe pas un jour sans que les médias, avec un fatalisme devenu presque naturel, ne nous annoncent l'éclatement d'un conflit. Comme par une sorte de réaction en chaîne, la planète se transforme en un véritable brasier, additionnant conflits fratricides et guerres civiles dont les enjeux dépassent souvent les frontières nationales, et qui servent les intérêts des puissants. La violence est en passe de devenir une pratique courante tant au niveau des sociétés qu'au niveau mondial. Désormais les conflits ne portent plus seulement sur des questions de territoire mais renvoient à une hégémonie culturelle qui infiltre les sociétés et à un système économique mondial dont les valeurs (compétition, concurrence, productivité...) s'avèrent destructrices de l'équilibre social et écologique.

Ces mêmes valeurs exacerbent les caractéristiques majeures de la société patriarcale : le rapport de force et la domination. S'exerçant du plus fort contre le plus faible, des riches sur les pauvres et des hommes sur les femmes, elles se manifestent tant aux niveaux politique et économique qu'au niveau social et culturel. Les sociétés en crise de valeurs et d'alternatives ne trouivent d'autre exutoire que la violence et la guerre.

Rôle des femmes en tant que porteuses de valeurs féminines

L'apport des femmes en matière de résolution des conflits et de stratégies de construction de la paix est fondamental à plusieurs égards. Ceci ne signifie pas que le lien femme/paix - homme/guerre, soit naturel, beaucoup d'hommes étant aussi engagés dans la lutte contre la guerre et la violence. Mais si les femmes sont souvent les premières à réclamer la paix et refuser la guerre c'est qu'elles ont toutes les raisons objectives de le faire :

Durant les conflits armés, la possession et la mutilation du corps féminin devient un enjeu majeur de confirmation du pouvoir des hommes sur l'ennemi. C'est ainsi qu'au Rwanda, en Algérie ou en Bosnie, des viols collectifs de femmes et de petites filles se sont déroulés sous le regard de leurs familles ou de leur clan.

Les femmes sont rarement - pour ne pas dire jamais - associées aux décisions politiques concernant la guerre et la paix alors que se sont elles qui accouchent de "la chair à canon" envoyée au front. C'est ainsi que les mères de la place de Mai en Argentine ont décidé de faire de leur maternité une affaire publique et politique pour protester contre la disparition de leurs enfants (voir à ce sujet la fiche 8). Les Colombiennes ont elles, décidé de cesser de procréer tant que leurs enfants étaient destinés à une mort certaine. Elles cherchent ainsi à rendre l'enfant plus rare, plus précieux pour infléchir les politiques guerrières (voir fiche 6).

Suite à la perte de leurs conjoints, ce sont les femmes qui font face à des situations économiques terribles, devant continuer à subvenir aux besoins de leur famille.

Les femmes ont compris que la solidarité transcende les frontières et les considérations nationalistes. Elles savent que la douleur de la perte d'un proche et que la faim d'un enfant est la même quel que soit le camp. Le plus bel exemple nous en a été donné par les "femmes en noir" (voir fiche 12) ou les femmes tchétchènes qui, en collaboration avec les mères de soldats russes (voir fiche 10), sont parvenues à stopper des combats simplement en retirant leur voiles et les jetant à terre...

La paix ne signifie pas seulement l'absence de guerre, mais doit être une attitude permanente de recherche d'équilibre, de justice et de dignité.

Par nécessité car souvent discriminées, les femmes ont acquis une longue expérience dans la lutte contre l'injustice, contre la violence et dans la résolution des conflits, sans pour autant bénéficier d'un statut d'actrices à part entière dans les négociations et les décisions politiques. En ce sens, au-delà même des expériences vécues, la pensée féministe, restée trop souvent invisible, est riche en alternatives pour le développement d'une culture de paix. Elle offre d'autres visions et explore des voies nouvelles pour repenser la société. Inclure la vision des femmes est un processus qui exige des mesures volontaristes pour encourager l'émergence de valeurs nouvelles en faveur de la paix.

Ce sont ces aspects que nous voudrions valoriser dans les travaux de la rencontre de la Haye. D'une part, en apportant des témoignages de différentes cultures illustrant le rôle des femmes dans la résistance et/ou la résolution des conflits, et d'autre part en contribuant par un apport théorique concernant la nécessaire "féminisation" des sociétés et ses implications politiques.


Source : Texte de présentation (légèrement modifié) du dossier de fiches d'expériences distribué aux participantes à l'atelier préparatoire à la conférence de La Haye.


LES AUTEURS

Nadia Leila Aïssaoui
Algérie, Liban
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Fiches d’expérience

- Femmes et paix : Compte-rendu de l’atelier préparatoire
- Quand les femmes inventent des voies non-violentes pour gérer les conflits


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