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Gestion durable de l’eau

L’Inde menacée de chaos à propos des droits sur l’eau

Une série de conflits portant sur le partage de l'eau de divers cours d'eau entre les Etats de l'Union indienne paralyse les projets de barrages à travers tout le pays.

Lors de la dernière semaine du mois d'avril 1997, la Cour Suprême de New Delhi a traité du cas du barrage inachevé - et qui a soulevé bien des controverses - sur le fleuve narmada dans l'Etat du Gujerat. L'affaire a été initialement portée devant la juridiction suprême par l'organisation environnementaliste NBA ou "Sauvons le narmada", qui voulait contraindre le gouvernement à réévaluer le projet. La construction a été arrêtée en 1995 dans l'attente de la décision de justice. Actuellement, le Gujerat est en conflit avec l'Etat voisin du Madhya Pradesh quant à la hauteur éventuelle de l'ouvrage au cas où la Cour Suprême autoriserait la reprise éventuelle des travaux. Les deux parties ont introduit des recours devant cette juridiction pour qu'elle inclue leur différend lors de l'examen de l'affaire NBA. Le Madhya pradesh, qui se trouve en amont, réclame que la hauteur du barrage soit abaissée de 5 mètres. Ce qui revient à diminuer de 10% la production d'électricité de l'ouvrage, mais éviterait aussi d'avoir à déplacer 11.000 personnes dont les terres échapperaient ainsi à l'inondation. Le Gujerat maintient cependant que ses besoins tant pour l'énergie que pour l'eau d'irrigation doivent d'abord être satisfaits. Rappelons qu'au début des travaux, le barrage a été au centre d'une énorme controverse tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur, l'opposition au barrage concenrant ses tirs sur les dégâts portés à l'environnement et sur le grand nombre de personnes à déplacer de leurs terres. Le barrage s'élève aujourd'hui à 80 mètres de hauteur. S'il atteint celle prévue de 138 mètres, 43.000 personnes devront être relogées et indemnisées. Le Madhya Pradesh affirme qu'il est conscient du fait qu'il recevra moins d'énergie si la hauteur est abaissée. Pour toute réponse, le Gujerat a lancé une campagne publicitaire faisant dire aux sols frappés de sécheresse le slogan "Donnez nous de l'eau sinon nous allons mourir".

Habituellement, en Inde, le partage du cours d'eau est du ressort des tribunaux spécialisés. Les travaux sur le Narmada ont été lancés suite à une décision judiciaire obtenue par le gouvernement en 1979 et que les opposants au barrage qualifient de "dépassée", faisant remarquer que, dans cet arrêt, 7.000 personnes seulement devaient être affectées par l'ouvrage. Pour Ramaswamy Iyer du Centre de recherche politique de Delhi, qui a fait partie d'un panel réuni pour étudier le projet pour le compte du gouvernement et de la Cour, "une pause est nécessaire et un réexamen du projet s'impose, nous ne pouvons pas le dynamiter, il faut voir quels bénéfices on peut en tirer tout en minimisant les effets adverses."

Mais, pour le moment, en Inde méridionale où l'eau est rare, de chaudes diputes éclatent avec frénésie et passion. Les Etats de l'Andhra Pradesh et du Karnataka sont aux prises à propos de la hauteur du barrage d'Alamati sur le fleuve Krishna. l'Andhra pradesh, qui se situe en aval du barrage, a introduit un recours devant la Cour Suprême en avril 1997, arguant du fait que les 5 derniers mètres du barrage pouvaient lui dérober l'eau qui lui avait été concédée par une décision du tribunal de l'eau en 1976. Le Karnataka, de son côté, prétend qu'il a des droits sur cette eau et que, en tout état de cause, la hauteur excédentaire servira exclusivement à la production d'énergie. Le Karnataka assure que l'eau retournera finalement au fleuve.Mohan Katarki, un juriste du Karnataka, avertit : "les conflits de l'eau, si l'on n'y prête pas attention, pourraient bien devenir un casse-tête majeur pour la stabilité de la société indienne."

Article soulignant l'acuité de la problématique Eau en Inde, qui suscite des disputes entre Etats de l'Union ... tout comme aux Etats-Unis d'Amérique, du reste. Acuité qui pèse lourdement sur les populations, dont elle désorganise la vie ... certains allant même jusqu'au suicide pour protester contre cet état de choses.


Source : Article de Tara Patel dans le "New Scientist" du 27 avril 1997, p. 12.

Contact : Larbi Bouguerra, chantier Eau de l'Alliance pour un monde responsable et solidaire, Les Courtilles Bât. H2, 149, rue Oberkampf, 75011 Paris, France Tel/ Fax: 01 40 218862. E-mail: larbi@alliance21.org
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Larbi Bouguerra
Larbi Bouguerra est professeur associé à (...)
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