|

www.alliance21.org > Groupes de travail > Groupes thématiques > Écologie industrielle > Initiatives industrielles

Écologie industrielle

Citadelles de sucre

L'utilisation industrielle de la canne à sucre au Brésil et en Inde : réflexions sur les politiques publiques de valorisation de la biomasse
Parmi les alternatives énergétiques à l'utilisation du pétrole, la valorisation de la biomasse constitue une piste sérieuse, explorée à l'échelle industrielle depuis plusieurs années déjà. Les deux premiers producteurs mondiaux de sucre de canne, le Brésil et l'Inde, font figure de pays pionniers en la matière. Le Brésil est le seul pays à avoir développé à une telle échelle l'utilisation de carburants issus de la canne à sucre, puisque le programme Pro-alcool fait rouler à l'éthanol plusieurs millions de véhicules tous les jours.
Quels sont les intérêts de cette option ? Sur le plan environnemental, le bilan est mitigé. D'un côté, des problèmes importants qu'il importe de maîtriser : une consommation d'eau considérable, une certaine érosion si les cannes sont brûlées sur pied avant récolte. Il existe également un risque de concurrence avec les cultures alimentaires, notamment dans ce pays très peuplé qu'est l'Inde. Mais les effets positifs sont considérables en ce qui concerne la limitation de l'effet de serre puisque, même si le carbone contenu dans la plante est partiellement brûlé, les rejets sont compensés par un nouveau processus de stockage lors du cycle de croissance suivant.
Mais l'intérêt principal de la production de carburant à partir de canne à sucre est à la fois d'ordre environnemental et social : il consiste en la possibilité de créer des emplois ruraux. La production est en effet facilement atomisable et peut contribuer à revitaliser l'agriculture paysanne. Quant à l'industrie, il est également possible de la décentraliser et de l'implanter près des lieux de production. C'est sans doute là l'enjeu majeur de cette option : l'exploitation de cet immense réservoir d'emplois que constitue la petite agriculture et la possibilité de répartir l'activité économique sur le territoire. Dans sa préface, Ignacy Sachs met d'entrée de jeu l'accent sur cette dimension en rappelant que, si environ 20 % de la population mondiale était concentrée dans les villes en 1980, ce taux devrait monter quasiment jusqu'à 50 % en 2025. En faisant le choix de la biomasse, l'Inde et le Brésil sont-ils en passe d'inaugurer une nouvelle forme de modernisation, non seulement en termes énergétiques, mais plus largement encore ? C'est possible.
Mais il reste des obstacles à surmonter. Le rôle du progrès technique devrait être déterminant dans l'avenir de la filière, caractérisée par une certaine stagnation technologique et la faiblesse des gains de productivité. En effet, et c'est là un inconvénient majeur, il est plus coûteux de rouler à l'éthanol qu'au pétrole. Si les automobilistes indiens ou brésiliens ne voient pas la différence, c'est parce que l'Etat (donc les contribuables, y compris ceux qui n'ont pas de voiture...)paie la différence. Dans ces deux pays, les industriels de la canne à sucre forment de puissants lobbies qui parviennent à diriger d'importants fonds publics vers leurs activités, par exemple au travers de programmes d'irrigation.

L'ambition de ce texte est de poser les enjeux, ce qui est bien fait, même si cela aurait pu l'être par un langage plus accessible au profane. On regrettera essentiellement l'absence de comparaison de cette option avec les autres choix énergétiques possibles, ce qui ne permet pas de bien évaluer ses coûts et ses avantages. Introduire une dimension comparative aurait également permis de relativiser le manque de compétitivité apparent de l'éthanol puisque l'avantage offert au pétrole provient notamment du fait que ses coûts écologiques ne sont pas payés par l'usager. Une taxe mondiale sur le gaz carbonique, destinée à limiter l'effet de serre, ne pourrait-elle pas donner un avantage décisif à la canne ?


Initiatives industrielles

- Bayer modifie ses procédés de fabrication pour prévenir la pollution
- Les industries automobiles peuvent-elles contribuer à améliorer l’impact environnemental de leurs procédés ? L’exemple de Volvo en Suède
- PUR, un programme allemand pour l’amélioration de l’environnement et la protection des ressources


1999-2009 Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire. RSS Mentions légales Suivre la vie du site