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Écologie industrielle

L’écologie industrielle

L'écologie industrielle connaît son application concrète dans les dispositifs de "parcs éco-industriels", où chaque entreprise échange ses déchets avec les autres et les réutilise. Si les expériences ne se sont souvent pas révélées concluantes, il n'en reste pas moins que le procédé présente pour les industriels des avantages indéniables comme l'optimisation de l'utilisation des ressources ou la coopération entre entreprises.

Dans un article publié en septembre 1989 dans la revue Scientific American, deux responsables recherche et développement de General Motors développent l'idée qu'on pourrait réduire l'impact environnemental de la production industrielle en la calquant sur les écosystèmes naturels. Cette approche, appelée écologie industrielle, repose sur deux principes. Elle correspond à une vision globale du système industriel appréhendé dans ses relations avec la biosphère. Elle porte sur la totalité des stocks et des flux de matière utilisés dans l'industrie.

Mais cette théorie ne constitue pas une pure construction de l'esprit. Elle a déjà connu une application pratique, certes fortuite, mais riche d'enseignement dénommée " la symbiose de Kalundborg ". A Kalundborg, petite ville du Danemark, la zone industrielle présente une organisation proche d'un écosystème naturel. En effet organisées autour d'une centrale électrique et d'une raffinerie de pétrole, différentes usines (gypse, enzyme industriels, acide sulfurique...) s'échangent leurs déchets et les réutilisent. Cet échange concerne principalement l'eau, sous forme de vapeur ou liquide, la chaleur, le soufre et le gypse. Grâce à ce système, les ressources (pétrole, charbon, eau) sont économisées dans des proportions importantes et les émissions de gaz à effet de serre et de polluants sont fortement réduites. On doit toutefois noter les limites de ce dispositif. Il s'est construit de manière spontanée et informelle sur une surface restreinte où des entreprises heureusement complémentaires se sont implantées. La conjonction d'autant de conditions favorables conduit nécessairement à s'interroger sur la possibilité de reproduire cette exopérience.

Devant la réussite de la symbiose de Kalundborg, des tentatives de reproduction ont vu le jour et ont pris le nom de parcs éco-industriels. Mais elles n'ont pas connu le succès de l'aventure danoise. Ce semi-échec est dû - entre autres raisons - à la nécessité de modifier certains procédés industriels, modifications que les industriels ne sont pas toujours prêts à financer. Le concept de biocénoses permet de poursuivre et d'approfondir l'idée issue des parcs éco-industriels. En biologie, la notion de biocénose se réfère au fait que, dans les écosystèmes, les différentes espèces d'organismes se rencontrent toujours selon des associations caractéristiques. Dans le domaine industriel, on peut chercher à déterminer les meilleures associations (aciéries-engrais-cimenteries par exemple). Ces combinaisons industrielles sont ensuite regroupées autour de productions clés, comme les centrales thermiques, qui gaspillent une quantité considérable d'énergie calorifique. Cette énergie pourrait être utilisée par d'autres entreprises.

Les parcs éco-industriels n'ont pas trouvé le chemin de la réussite mais il serait erroné de croire que l'écologie industrielle n'est pas exportable dans le monde des entreprises. L'écologie industrielle constitue tout d'abord un élément du "marketing vert" en direction des consommateurs. Elle peut également trouver grâce aux yeux des dirigeants en raison de sa rigueur intellectuelle et des économies dégagées par une optimisation des ressources. Le management s'en trouverait quant à lui radicalement changé. Le produit ne pourrait plus être le centre des préoccupations des dirigeants, la valorisation des déchets devenant tout aussi importante. Le dogme de compétitivité à outrance devra lui aussi être partiellement abandonné pour laisser la place au concept de coopération entre firmes.

L'adoption de la logique de l'écologie industrielle aboutirait également à l'évolution du système productif lui même. La comparaison avec l'évolution de la biosphère permet une analogie éclairante. Le monde vivant est passé d'un schéma de circulation de l'énergie et de la matière complètement ouvert à un schéma totalement clos. Les premières étapes de la vie sur la Terre s'organisaient selon un flux linéaire. Des ressources illimitées étaient utilisées par l'écosystème qui rejetaient ensuite des déchets en quantité illimitée. Puis grâce à une longue succession d'"inventions" (fermentations aérobie et anaérobie, photosynthèse), le flux linéaire de matière et d'énergie s'est refermé sur lui même pour donner naissance à un cercle vertueux où tout déchet d'un organisme est une ressource pour un autre. Le métabolisme industriel n'en est encore qu'au stade de la production linéaire et telle est la source de nos problèmes environnementaux. Il doit donc s'inspirer de la biosphère pour évoluer vers un système mature et cyclique. L'abandon des énergies fossiles, la diminution de la dissipation des composants nécessaires à la production, l'allongement de la durée de vie des produits sont les conditions sine qua non de ce changement. De surcroît, l'analyse des processus industriels fait apparaître que les premières réactions sont endothermiques (nécessitent de l'énergie) : extraction de matières premières, séparation physique des composants et élimination des impuretés, obtention des substrats fondamentaux (cellulose, méthane, ammoniaque...). Ces matériaux primaires interviennent ensuite dans des réactions exothermiques (qui produisent de l'énergie). L'enjeu de l'écologie industrielle est donc de boucler ces cycles de matière et d'énergie. Cet enjeu principal doit être complété par d'autres objectifs : décarboniser l'énergie, dématérialiser les produits, considérer les déchets comme des ressources.

A terme, la maîtrise des technologies de l'écologie industrielle pourrait donc devenir un savoir stratégique car elle associe économie des ressources non renouvelables et efficacité industrielle.

En illustrant l'écologie industrielle par l'exemple de la ville de Kalundborg, Suren Erkman réussit à identifier et démêler les enjeux, les limites , les difficultés de la théorie. Mais le principal apport de l'auteur réside dans la prise en compte de données du monde de l'entreprise. Il parvient à démontrer non seulement l'intérêt écologique du concept d'écologie industrielle mais aussi son intérêt économique. C'est pour cette raison que ce chapitre est le chapitre clé de l'ouvrage de Suren Erkman.


Source : Suren Erkman, "Vers l'écologie industrielle", Editions Charles Léopold Mayer et la Librairie FPH, France,1998, 147 pages


LES AUTEURS

Cyril Wolmark
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