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Écologie industrielle

Vers une écologie industrielle

L'écologie industrielle, face aux limites de l'approche écologique classique qui règle toujours a posteriori les problèmes de pollution, propose une approche à la racine qui conçoit le système industriel comme un cas particulier d'écosystème. Cela suppose un renversement de perspective économique, par la remise en cause d'un productivisme unilatéral.

Traditionnellement, biosphère et systèmes industriels sont envisagés comme deux entités opposées. Les préoccupations écologiques se cantonnent bien souvent à minimiser les effets nocifs de la production industrielle sur l'environnement par des procédés appelés "end of pipes". Dans cette approche "à la sortie des tuyaux", on tente de réduire la pollution en aval (systèmes de filtres, épuration) alors que les sources de pollution trouvent toujours leur origine en amont. De surcroît, l'approche "end of pipe" prête le flanc à de nombreuses critiques. Elle cloisonne des problèmes interdépendants ce qui aboutit fréquemment à les déplacer plutôt qu'à les résoudre. Elle prend très difficilement en compte les déchets secondaires (que faire des filtres dépolluants, des boues d'épuration ...) Elle comporte aussi un risque de dépendance des pays en voie de développement vis-à-vis de ces technologies dépolluantes, tout en donnant bonne conscience aux industriels occidentaux. En définitive, elle empêche toute stratégie globale et préventive.

De cette analyse est née l'idée qu'une autre forme d'écologie devait voir le jour. En 1989, deux responsables en recherche et développement de General Motors développent un concept jusque là peu étudié : l'écologie industrielle. De nombreux chercheurs vont alors s'intéresser à cette notion et en 1997 le MIT publie le premier numéro du Journal of industrial ecology . Tous les scientifiques s'accordent sur quelques définitions pour décrire l'écologie industrielle. Tout d'abord, le système industriel doit être appréhendé comme un biosystème, le métabolisme industriel comme un métabolisme biologique. Il faut donc s'intéresser à tous les flux de matière et d'énergie associés à une production afin de diminuer au maximum les déchets résultant des processus productifs.

La première conclusion que l'on peut tirer de la comparaison entre le système industriel et le système biologique porte sur leur évolution respective. Le monde vivant est passé d'un schéma de circulation de l'énergie et de la matière complètement ouvert à un schéma totalement clos. Les premières étapes de la vie sur la Terre s'organisaient selon un flux linéaire. Des ressources illimitées étaient utilisées par l'écosystème qui rejetaient ensuite des déchets en quantité illimitée. Puis grâce à une longue succession d '"inventions" (fermentations aérobie et anaérobie, photosynthèse), le flux linéaire de matière et d'énergie s'est refermé sur lui même pour donner naissance à un cercle vertueux où tout déchet d'un organisme est une ressource pour un autre. Le métabolisme industriel qui n'en est encore qu'au stade de la production linéaire doit s'inspirer de la Biosphère pour évoluer vers un système mature. Dans cette perspective, le respect de trois principes s'impose. Les déchets doivent être considérés comme des ressources, les émissions dissipatives de matière et d'énergie doivent être réduites, les boucles de recyclage doivent être refermées et ne pas aboutir à la fabrication de déchets.

Ces principes ne sont toutefois pas suffisants pour rendre la production écologique. Ils doivent être complétés par des objectifs à moyen terme : dématérialisation et décarbonisation de la production. La dématérialisation correspond à une réduction de la matière et surtout de l'énergie (qui nécessite de la matière pour être générée) dans le processus industriel. La décarbonisation, quant à elle, tend à substituer aux hydrocarbures fossiles d'autres sources d'énergie : hydrates de carbone (sucre par exemple), énergie solaire.

Ces choix doivent être accompagnés par un renversement des options technologiques. La production doit être guidée par la maîtrise des déchets qu'elle produit (le design des produits est alors conçu pour permettre la réutilisation de leurs composants : notion de "design for environment"). Il faut tendre vers des réactions biochimiques à l'image de celles qui ont lieu dans la nature. Ces réactions se font à température et à pression ambiantes et ne nécessitent qu'un apport extérieur faible d'énergie. En outre, les dernières découvertes en matière de nanotechnologie et de recherche spatiale ouvrent des voies prometteuses. Dans le cadre des voyages spatiaux, les ingénieurs russes ont mis au point un programme de récupération des déchets capables de produire des aliments et de l'oxygène grâce à une approche analytique rigoureuse. Cette démarche est à imiter. Les nanotechnologies, quant à elles, visent à créer des nanorobots autoreproducteurs (microorganismes capables d'effectuer une tâche à échelle microscopiques). Cette technologie présente deux avantages. Elle est extrêmement précise et évite donc les gaspillages dûs aux approximations habituelles. Elle est additive. Les nanorobots ajoutent les molécules nécessaires à d'autres molécules alors que les technologies traditionnelles sont soustractives : à partir d'un composé on obtient un autre composé et des déchets.

Toutes ces orientations resteront cependant vides de sens si elles ne sont pas accompagnées d'une modification radicale du dogme productiviste. A la valeur d'échange, il faut substituer la valeur d'utilisation. On ne vend plus un bien mais l'utilité de ce bien, en un mot sa fonction. Une telle évolution dans la pensée économique permettrait d'envisager une stratégie de la durabilité. Cette stratégie se fonde sur la fiabilité, l'entretien, la maintenance et l'adaptation technologique des produits. On ne remplace pas un produit, on l'adapte.

L'écologie industrielle revêt deux caractéristiques essentielles. L'élégance d'un postulat simple mène à des conclusions infinies. Ces conclusions conduisent toutes à une amélioration de nos conditions de vie.

L'auteur, Suren Erkman, expose de manière convaincante les modifications technologiques et économiques liées à la transition vers l'écologie industrielle. Cependant les modalités démocratiques de cette transition ne sont qu'incidemment analysées. Mais l'écologie industrielle n'en est qu'à ses premiers balbutiements et ne dispose encore d'aucun acte fondateur et mobilisateur. L'ouvrage de Suren Erkman pourrait bien constituer un premier pas dans cette voie - en langue française.


Source : Suren Erkman, "Vers l'écologie industrielle", Editions Charles Léopold Mayer et la Librairie FPH, France,1998, 147 pages


LES AUTEURS

Cyril Wolmark
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