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Gestion durable des sols

Inventaire des problèmes de dégradation des sols agricoles du Québec

L'agriculture québécoise traditionnellement fondée sur l'industrie laitière et les productions herbagères a évolué à partir des années 1970 vers une agriculture industrielle. Cette évolution s'est traduite au milieu des années 1980 par une régression de plus de la moitié des surfaces en pâturage, par une augmentation de 500% de la surface des céréales (maïs-grain, blé et orge)et par des concentrations d'élevages porcins et avicoles. Elle s'est traduite aussi par l'augmentation de la fréquence du travail du sol avec des engins de plus en plus lourds, et par l'utilisation accrue de fertilisants sans compter le volume important de lisier.
Les nécessités, ressenties, de protection de l'environnement et de la conservation des sols ont poussé le Québec à lancer en 1987, dans ses 12 régions agricoles, un programme visant l'inventaire des formes de dégradation des sols cultivés et l'estimation de l'étendue de la dégradation. 1,7 millions d'ha ont été concernés par cette opération.
Le rapport de synthèse de ce programme, publié en 1990, souligne que la dégradation des sols agricoles du Québec est intimement liée à la monoculture de maïs, de céréales ou de pomme de terre. Il fait en particulier le constat suivant :
- La détérioration de la structure, jugée par l'instabilité et l'effondrement des agrégats, est la forme de dégradation qui concerne le plus de surface agricole au Québec : elle concerne près de 90% des superficies cultivées. Cette dégradation semble liée à la fréquence du travail du sol et à la diminution du taux de matière organique. Elle est plus fréquente sous monoculture de maïs.
- Plus de 60% des sols cultivés sont concernés par un excès de phosphore ou potassium du à une surfertilisation. Cet excès constitue un risque pour la qualité de l'eau et de l'environnement. La surfertilisation est fréquente en monoculture de pomme de terre.
- La chute de la matière organique affecte plus de 50% des sols. Cette diminution de matière organique est davantage marquée sous monocultures de pomme de terre et de maïs.
- L'acidification concerne plus de 50% des sols en monoculture. Les niveaux atteints ne sont pas jugés alarmants. Elle se produit plus dans les sols cultivés en maïs et céréales.
- Le compactage, ou tassement des horizons travaillés et des horizons sous-jacents, touche plus de 20% des sols en monoculture. Il est essentiellement du au travail du sol, à la pression des engins agricoles et à la baisse de la matière organique.
- 10% des superficies en monocultures sont affectés par une pollution par les métaux lourds (chrome, plomb, cadmium).
- L'érosion hydrique et éolienne concernent respectivement 10% et 6% des sols en monoculture.
Suite à cet inventaire, les auteurs ont préconisé un certain nombre de recommandations pour corriger les défauts notés : réduction du travail du sol, préférence pour les engins légers et moins tassants, rotation de cultures, bonne gestion de la fumure organique, adaptation de la fumure minérale à la capacité de rétention du sol, cultures en bandes alternées, brise-vents .... Ce sont là des techniques que tout agronome maîtrise. Le constat sur la nature de la dégradation des sols agricoles du Québec et sur l'envergure des phénomènes est fait. Il reste à savoir jusqu'à quel point la dégradation est tolérable sans porter atteinte de façon irrémédiable à la qualité de la ressource et du milieu, concluent les auteurs.

Ce travail, mené par le service des sols du Québec, a le mérite de montrer les conséquences négatives de l'agriculture industrielle, notamment la monoculture, sur les sols. On en déduit les conséquences possibles sur l'environnement. L'avenir nous dira si les recommandations formulées ont été suivies et à quel point. En tout cas, ces données sur la dégradation des sols et de l'environnement sont reprises, en 1995, dans l'argumentation de la politique ministérielle de développement durable. Les jeunes générations sont plus sensibilisées à la protection et à la fertilité des sols, à l'agriculture et à l'environnement.
On peut noter que ce rapport ne donne pas certaines précisions. Le lecteur ne sait pas, par exemple, de combien a baissé la teneur en matière organique des sols, ni de combien d'unités a chuté le pH. Les quantités de terre perdues par érosion ne sont pas précisées non plus. Aucune idée des pertes de production liées aux dégradations citées n'est avancée.


LES AUTEURS

Rabah Lahmar
TORBA, Sols & Sociétés, France
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