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Gestion durable des sols

L’intensification de la culture du coton a dégradé les ressources et l’environnement en Asie centrale

L'Asie Centrale est montagneuse au Sud, plate et désertique au nord. La zone montagneuse fait frontière avec l'Iran, l'Afghanistan et la Chine. Le désert s'étend du sud du Kazakhstan à la mer Caspienne à l'ouest et à l'Iran au sud englobant ainsi l'Ouzbékistan et le Turkménistan.
La zone montagneuse alimente deux principaux cours d'eau qui traversent le désert pour se jeter dans la mer d'Aral : l'Amou Daria qui alimente le mer d'Aral du coté sud et le Syr Daria qui coule en territoire Kazakh et alimente la mer d'Aral du côté nord.
Dans cette région, la vie s'est traditionnellement organisée autour de l'agriculture et de l'élevage. L'agriculture se pratiquait dans les vallées, sur les piémonts et dans les oasis. L'élevage nomade de moutons, de chèvres, de chevaux et de chameaux, transhumait entre la montagne, en été, et le désert en hiver. L'irrigation est apparue en Asie Centrale au moins cinq siècles avant l'ère chrétienne. Elle a été amplifiée par la Russie tsariste pour augmenter la production de sa colonie cotonnière. Mais c'est sous l'Union Soviétique qu'elle s'est le plus développée et que la monoculture du coton a été le plus étendue et intensifiée. L'URSS a voulu faire de l'irrigation non seulement un facteur de développement mais aussi un facteur de propagande à l'égard de l'orient et du tiers monde. Elle envisageait l'irrigation de 50 millions d'ha. Des aménagements hydro-agricoles ont vu le jour dans toutes les républiques asiatiques de l'Union Soviétique. Les plus grands ont été, sans doute, ceux réalisés dans les vallées du Syr Daria au Kazakhstan et de l'Amou Daria en Ouzbékistan. Dans cette dernière république la surface irriguée a été portée à quelques 4 millions d'ha. Un canal de 1400 Km traverse le désert de Kara-Koum pour relier l'Amou Daria, dont il prélève les eaux, à la mer Caspienne. Il a permis d'irriguer plus d'1 million d'ha au Turkménistan.
Cette politique a eu des conséquences désastreuses sur les ressources, sur l'environnement et sur les peuples de cette région. La mauvaise conduite de l'irrigation, l'absence de drainage et le manque d'entretien des réseaux de drainage, les pertes d'eaux des canaux d'irrigation... se sont traduit par l'apparition et l'extension de la salinité des sols. Les sols devenus salés représentent 23% (326 600 ha)des terres arables du Kirghizistan; 20% des 570 000 ha irrigués du Tadjikistan; près de 50% des 4 millions d'ha irrigués de l'Ouzbékistan; 84% (1.007 millions d'ha)des terres irriguées du Turkménistan. Dans cette dernière république, les pertes de récoltes dues à la salinisation des sols s'élèveraient à 40%.
A ces surfaces salées, il faudra rajouter les surfaces des sols non irrigués mais rendus salins par l'évaporation des eaux perdues par les canaux par manque d'étanchéité ou d'entretien. En Ouzbékistan les pertes d'eaux par les canaux d'irrigation ont été estimées, en 1988, à près de 17 Km3, soit 23% du volume écoulé. Au Tadjikistan ces pertes ont été estimées à 2 Km3 en 1990, soit 15% du volume écoulé. Le canal de Kara-Koum a perdu en 1991 près de 5km3 d'eau, soir 22% du volume de l'eau qui a transité par cet ouvrage.
D'autre part, l'usage massif entre 1960 et 1970 d'engrais et de pesticides, notamment le DDT, sur les cultures de coton a fortement pollué les sols et les eaux superficielles et souterraines. Les pesticides sont détectés pratiquement dans la majorité des sols analysés, à des doses souvent dépassant les concentrations maximales autorisées. EnEn 1989, les pesticides s'utilisaientt encore en Ouzbékistan à raison de 24 Kg par hectare en moyenne. A cette même époque, entre 1/3 et 2/3 des sols du Kirghizistan sont considérés comme fortement pollués par le DDT et les légumes produits sur les sols anciennement cultivés en coton ont des concentrations en DDT qui peuvent atteindre de 10 à 15% celles des sols.
En 1961 la mer d'Aral s'étendait sur 66 000 Km2 et son volume était de 1 064 Km3 avec une salinité moyenne de 1,1
. Elle recevait annuellement 56 Km3 d'eau, débit cumulé de l'Amou Daria et du Syr Daria. A cause des prélèvements d'eau faits dans ces deux rivières pour irriguer le coton, la mer d'Aral n'a reçu en moyenne que 13 km3/an entre 1961 et 1970 ; 16,7 Km3/an entre 1971 et 1980 ; 1.7 Km3/an entre 1981 et 1986. Entre 1974 et 1986, le Syr Daria ne parvenait plus à la mer et cela s'est produit aussi avec l'Amou Daria dans les années 1982, 1983, 1985, 1986 et 1989.
Ainsi, en moins de 30 ans, la mer d'Aral a perdu 45% de sa surface initiale et 69% de son volume d'eau. Le niveau de l'eau s'est abaissé de 13.5 mètres, mettant à l'air libre une barrière naturelle qui sépare actuellement la mer en deux parties : la grande mer du coté Ouzbek avec une superficie de 33 000 Km2, un volumme d'eau de 310 Km3 et une salinité de 3%; la petite mer du coté Kazakh avec une superficie de 3000 Km2, un volume d'eau de 20 Km3 et une salinité allant de 1.8 à 3.5%.
Le manque de drainage a fait apparaître des zones marécageuses le long de l'Amou Daria et, de nouveaux lacs se sont formés dans les dépressions. Un de ces lacs, le Saroukamysh, très pollué par ailleurs, s'est tellement étendu que sa surface actuelle est voisine de ce qui reste de la mer d'Aral.
Les sels qui se sont déposés sur les 3 millions d'ha de fonds asséchés de la mer d'Aral constituent une autre source de problème : les tempêtes de poussières emportent des milliers de tonnes de sels qu'elles répandent sur des centaines de kilomètres, augmentant la superficie de sols salés et ont aussi pour effet d'accélérer la fontes des glaciers de montagne.
Ces profondes modifications du milieu ont évidemment eu des répercussions sur les populations. L'augmentation des surfaces irriguées et le développement de la culture du coton ont eu pour corollaire la diminution des pâturages et la disparition du nomadisme; la sédentarisation des tribus nomades faisait aussi partie des objectifs soviétiques. La mer d'Aral a entraîné dans sa mort toute l'industrie de pêche qui lui était liée. Les pollutions chimiques ne sont pas non plus sans conséquences sur la santé humaine. En Ouzbékistan, le DDT et les autres pesticides organo-chlorés sont détectés dans les graisses humaines et dans le lait maternel; la mortalité infantile atteint dans certaines régions 10% !

C'est tellement gros que ça se passe de commentaire !Simplement : l'immensité de ce désastre reflète aussi bien l'incompétence des hommes politiques qui ont pris les décisions, que celle des cadres techniques, ingénieurs et techniciens, qui ont réalisé et suivi les projets.


LES AUTEURS

Rabah Lahmar
TORBA, Sols & Sociétés, France
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