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Périmètre irrigué : inquiétude des fellahsLa production agricole dans le périmètre irrigué en Algérie est victime des incohérences de la politique de distribution de l'eau aux fellahs. Le grand projet d'aménagement de ce secteur restant à moitié inachevé, et en l'absence de perspective générale, l'habitude subsiste de tirer l'eau pour l'irrigation d'un oued notoirement pollué.
"Pourquoi est-il permis aux uns de faire la pastèque et pas aux autres ? Pourquoi d'autres fellahs cultivent-ils la tomate sans problème aucun ? Il n'y a aucun danger à manger la pastèque produite dans la région de l'oued Seybouse, dont l'eau n'est pas polluée ! ..." Trop de questions ont été posées par les fellahs, non sans courroux d'ailleurs, lors d'une réunion organisée au centre culturel de Belkheir, à 3 km de Guelma, par l'Association des irrigants. Ces fellahs ont des terres dans les 2.000 ha du bas service, faisant partie du secteur de Guelma, d'une superficie de 3.500 ha, un des six autres que compte le périmètre irrigué (ou d'irrigation). Remarque : plusieurs structures, pourtant invitées, n'ont pas délégué leurs représentants à cette réunion (l'AGID, la DHW, etc.). D'un autre côté, d'autres fellahs sont venus juste pour se plaindre du fait que leurs terres se trouvant dans le haut service de 1.000 à 1.500 ha, qui n'est pas encore opérationnel, sont mobilisées par les travaux depuis bien des années ; les déblais et autres tranchées les empêchent de les travailler. Ils se demandent s'il faut attendre encore longtemps la réalisation de ce périmètre ; ils parlent d'un important manque à gagner ; vu que leur seule ressource provient de ces terres, ils sont même dans le besoin ; ils ne trouvent carrément pas de quoi faire vivre leur famille ! Il faut souligner que le périmètre d'irrigation , dont les travaux avaient été lancés fin 1986, c'est-à-dire juste après la réalisation du barrage de Bouhamdane par la société italienne CIR, traîne en longueur ; évidemment, plusieurs facteurs y sont pour beaucoup, quelques-uns objectifs, les autres discutables. Rappelons également que le périmètre de Guelma court sur 80 km le long de l'oued Seybouse jusqu'à Drean (w. d'El Tarf). D'une superficie de 12.900 ha, il est divisé en 6 secteurs autonomes au plan aménagement et de desserte en eau. L'eau mobilisée provient du barrage de Bouhamdane qui est d'une capacité de plus de 200 millions de mètres cubes. (...) Faut-il irriguer les cultures avec les eaux de la Seybouse ? Il ne s'agit pas d'y répondre, car on le fait autant dire naturellement. Mais chacun y va de sa petite idée. Ceux qui sont pour argumenter du fait que, depuis bien longtemps, depuis la nuit des temps, l'oued Seybouse fournit l'eau pour l'irrigation. "On ne voit pas pourquoi cela pose problème maintenant qu'il y a le périmètre irrigué et des lâchers à partir du barrage", se demandent-ils. Cependant il faut savoir, et on ne le répétera jamais assez, que l'oued Seybouse constitue un exutoire pour les eaux usées domestiques et les eaux résiduaires industrielles ; les eaux usées de la ville de Guelma, pour ne citer que cette agglomération, se déversent dans l'oued à raison de 400 litres par seconde, apprend-on. Par ailleurs, on compte plus de 200 matières rejetées par les unités industrielles, telles que Cycma, l'unité de levurerie de Bouchegouf, etc. Il est, en outre, clair que les lâchers d'eau à partir du barrage de Bouhamdane pour l'irrigation "n'éliminent pas la pollution", selon les propos d'un spécialiste, même s'il y a quelque diminution. Or, le code des eaux prévoit dans, notamment, ses articles 63 et 137, que l'irrigation avec les eaux usées brutes est interdite et que, par contre, celles épurées peuvent être utilisées pour certaines cultures. Dans l'alinéa 2 du second, on peut lire que l'utilisation des eaux même épurées pour l'irrigation des crudités est interdite. Anarchie dans l'agriculture En fait, qu'en est-il de notre périmètre ? On ne peut pas parler d'eaux épurées, car la situation d'épuration de Guelma, programmée depuis bien longtemps, n'a pas encore vu le jour. Quoi qu'il en soit, selon les uns, c'est le bon sens ou l'esprit économique qui a voulu qu'on rentabilise ce projet grandiose qui a coûté jusque-là des centaines de milliards de centimes, aussi le bas service, une fois achevé, a été mis en eau. Ainsi, un procès-verbal de réunion établi au début de cette année par tous les secteurs concernés, la DSA, la DHW, la DSPS, l'Inspection de l'environnement, l'OPI et la DIE, autorise avec les eaux du périmètre ou de l'oued Seybouse l'irrigation de toutes les cultures, excepté les crudités. Cependant, comme nous l'avons vu, l'on ne s'entend pas bien, semble-t-il, sur la liste des crudités, puisque, hors périmètre ou dans le périmètre, dans la partie fonctionnelle ou pas, l'on a cultivé, et on le fait encore, des fenouils, salades, concombres, pastèques, melons, etc. La culture de la tomate industrielle est permise, car, dit-on, elle subit un traitement à chaud dans les unités de transformation. Mais cela n'empêche pas certains de la vendre au marché, et qui peut être mangée crue ! C'est la débandade, l'anarchie ! Selon les données que nous avons pu récolter sur place, on compte 30 ha qui ont pu être cultivés en crudités, à l'intérieur du périmètre même, aux abords de l'oued. Hors du périmètre, il est question de plus de 100 ha de crudités irrigués avec les eaux de la Seybouse. Ce qui fait dire à certains fellahs que ceux qui s'en tiennent aux textes réglementaires, à la loi, ceux qui ne fraudent pas, sont finalement les perdants, alors que les autres en profitent en "fourguant" des produits douteux aux consommateurs. Par exemple, une ferme pilote aurait même cultivé de la pastèque, hors périmètre, mais en utlisant les eaux de l'oued directement. dans la région de Bouchegouf, un particulier aurait réalisé une recette de 600 millions de centimes en faisant des pastèques irriguées à partir de l'oued. Pour les fellahs, il semble qu'on ne sait pas ce qu'on veut réellement ; d'une part il est permis d'irriguer avec ces eaux suspectes, de l'autre, c'est du contraire qu'il s'agit. Aussi est-il urgent de déterminer les vrais agents polluants, afin de prendre en charge sérieusement le périmètre d'irrigation. Il y va du travail de la terre, avec tout ce que cela comporte comme productions agricoles, emplois, et de la santé de toute une population. Par ailleurs, malgré le fait que le projet du périmètre ne soit pas encore réalisé en entier, et puisque le bas service du secteur de Guelma est mis en eau dans le but entre autres d'habituer les fellahs à travailler les terres en irrigué, qu'attend-on pour faire un plan de culture consistant et important, et non pas se cantonner à s'adonner à l'agriculture vivrière, à cultiver des courgettes, des haricots et autres pastèques. Pourtant, on ne cesse jamais de relever que "les terres du périmètre irrigué doivent être exploitées par des cultures en intensif et avec des hauts rendements au lieu de céréales en extensif". Ne faut-il pas, se demande-t-on, s'attaquer à la tomate industrielle à grande échelle, à la betterave pour faire fonctionner l'unité Enasucre de Guelma, le tournesol, l'arboriculture ? Evidemment, il faut, au préalable, des unités de transformation, il faut inciter les investisseurs à se risquer dans ce domaine... Pour en revenir à cette réunion, certains agriculteurs posent la question suivante : pourquoi l'eau n'est-elle pas disponible toute l'année au niveau du périmètre irrigué, du moins au niveau de la superficie exploitée actuellement, car ils veulent irriguer les cultures céréalières, car cela fera augmenter sensiblement le rendement. Mais la période de l'irrigation s'étend d'avril à novembre. Il faut savoir, à en croire certains responsables, que la décision de la distribution de l'eau de ce genre de périmètre est centralisée au niveau des ministères de l'Agriculture et de l'Equipement. L'OPI (Office du Périmètre Irrigué), de son côté, se demande pourquoi les fellahs ne viennent pas souscrire à l'irrigation dans la bonne période, soit du 15 janvier au 15 février, pour permettre à l'Office de prendre ses dispositions à l'avance et programmer la quantité d'eau nécessaire au niveau du barrage ; ce qui permettra ainsi d'établir les contrats d'irrigation avec les fellahs. (...)D'autres intervenants ont soulevé la problématique du mode de paiement de l'eau. Actuellement, la facturation est au forfait et selon la culture. Citons des exemples : l'hectare de pommes de terre coûte 6.120 DA, celui de la tomate industrielle 6.500 DA, etc. L'on apprend également que le mètre cube d'eau coûte à l'OPI 2,10 DA, et il le cède aux fellahs 1,20 DA, autrement dit à perte ; la différence est payée ou remboursée par l'Etat, nous dit-on. Néanmoins, ceux qui revendiquent la facturation au compteur doivent savoir qu'il est autant dire impossible de le faire, du moins pour le moment, puisque plus de 200 compteurs ont été endommagés sur les 460 existants au niveau du bas service. Au fait, qui a intérêt à casser les compteurs ? La facturation par forfait arrange-t-elle mieux certains fellahs que celle par compteur ? En tout cas, l'expérience montre que la distribution de l'eau au forfait constitue une aubaine pour grapiller beaucoup plus d'eau ! (...) Selon le chef d'unité OPI de Guelma, une autre demande de 3 millions de mètres cubes a été formulée, une quantité qui sera disponible en cas de besoin. Il va sans dire que beaucoup profitent de cette eau du barrage, hors périmètre, grâce aux lâchers. C'est ainsi que 570 ha ont été recensés, qui ont été ou sont irrigués en amont du périmètre, soit de Hammam Debagh à Belkheir ; et 400 à 500 ha en aval, soit de Belkheir à Drean (w. d'El Tarf), ou même jusqu'à l"embouchure. Autrement dit, l'eau allouée à l'OPI est évidemment grignotée hors périmètre, au moyen de pompes, le long de l'oued Seybouse. Outre cela, des lâchers, nous dit-on à l'OPI, ont été effectuées expressément vu la sécheresse sévissant cette année, pour sauver les cultures pérennes et les vergers de la région de drean. A ne pas oublier de souligner que les fellahs souhaitent acquérir les équipements d'aspersion à terme, avec des facilités de paiement. Un souhait qui reste pour le moment sans écho. |
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Excellent article posant nombre de questions lancinantes sur l'utilisation de l'eau non seulement dans le cas algérien, mais sous d'autres cieux aussi.
Source : La fiche reprend, moyennant quelques coupures, un article de A. Boumaza paru dans "El Watan" du 27 août 1997.
Contact : Larbi Bouguerra, chantier Eau de l'Alliance pour un monde responsable et solidaire, Les Courtilles Bât. H2, 149, rue Oberkampf, 75011 Paris, France Tel/ Fax: 01 40 218862. E-mail: larbi@alliance21.org