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Femmes

Des femmes d’Afrique de l’Ouest expriment leurs préoccupations et leurs vraies attentes

La parole aux femmes rurales
Quelques mois après la Conférence mondiale sur les femmes (Pékin, septembre 1995), le CESAO (Centre d'Etudes économiques et sociales d'Afrique de l'Ouest)organisait à Bobo Dioulasso (Burkina Faso)du 11 au 16 mars 1996, une rencontre intitulée "La parole aux femmes rurales" qui rassemblait 150 participantes du monde rural de l'Afrique de l'Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Sénégal, Tchad, Mauritanie, Guinée et Togo). Une double raison était à l'origine de cette initiative. D'une part peu de femmes africaines étaient présentes à Pékin, et encore moins de femmes rurales. D'autre part, la directrice générale du CESAO, Rosalie Ouoba avait participé à cette conférence et, à ce titre, se devait d'informer les femmes de sa région de ce qui y avait été dit et des actions qui y avaient été retenues.
Au cours de la rencontre de Bobo Dioulasso, les femmes ont pu "prendre la parole pour échanger sur leurs expériences, parler des actions qu'elles mènent, des technologies qu'elles utilisent, de l'écoulement de leurs produits,... débattre des questions qui les intéressent, s'informer sur les décisions prises à la Conférence de Pékin et discuter de leur place et de leur rôle dans la mise en oeuvre des décisions, amorcer un dialogue avec les cadres supérieurs et les bailleurs de fonds en matière de promotion de la femme, mettre en oeuvre le cadre d'un mouvement associatif fort qui sera un lieu et un outil d'expression et de réflexion des femmes rurales de la sous-région".
A la suite d'un travail préparatoire et d'un sondage auprès des femmes, quatre thèmes de travail avaient été retenus pour la rencontre :
- évolutions des femmes dans le mouvement associatif
- luttes des femmes contre la pauvreté
- initiatives des femmes en faveur du développement
- droit des femmes.
Chaque atelier comportait les étapes suivantes : partage d'expériences, questions-clés, informations sur les apports de la conférence de Pékin en lien avec le thème, orientations et projets d'action pour elles-mêmes et leurs groupements. Parallèlement aux ateliers, le CESAO avait exposé des panneaux d'information présentant les décisions prises à Pékin et organisé des démonstrations de technologies utiles aux femmes. Un débat télévisé, des soirées culturelles, des visites et une vente de produits artisanaux et alimentaires ont complété ces journées de travail.
Au cours des débats, les femmes ont pu souligner les difficultés qu'elles rencontraient dans leurs activités. Elles "souffrent de la mévente des productions et de la difficulté à trouver des débouchés, d'une certaine insuffisance organisationnelle, du difficile accès à la terre, aux intrants et aux crédits. Au niveau de leur milieu, le poids des traditions et les préjugés, la mauvaise interprétation de la religion ne leur permettent pas la liberté d'expression et d'opinion. L'insuffisance de formation, le manque d'informations ne favorisent pas leur participation aux pouvoirs de décisions au niveau des associations de base."
Elles ont également décrit leurs initiatives : une caisse populaire au Niger, un puits construit grâce aux bénéfices obtenus de la production d'un champ collectif au Tchad, un coopérative d'approvisionnement de semences en Mauritanie, des séances d'alphabétisation pour aider les femmes dans la commercialisation du coton au Bénin...
Elles ont aussi souligné les difficultés qu'elles rencontrent lorsque les hommes interviennent dans leur vie associative : "Le groupement des hommes est le mari du groupement des femmes. Il se comporte à notre égard comme nos époux à la maison, décidant tout à notre place." Pourtant les femmes ne veulent pas rester entre elles. Elles souhaitent sensibiliser les hommes à la nécessité de leur travail et de leur développement. Elles voudraient promouvoir une collaboration des hommes à leurs activités. Elles revendiquent surtout le droit à participer aux décisions concernant la vie de la famille et de la communauté. Certains hommes sont déjà conscients de l'apport des femmes dans le développement et du bénéfice qu'ils en tirent. Il serait bon qu'ils sensibilisent les autres hommes. Etant donné la volonté exprimée par les femmes d'associer les hommes à leurs activités, il semble important que les organismes d'appui aux groupements féminins soient vigilants dans l'aide qu'ils apportent et veillent à structurer les mouvements féminins, non pas en parallèle à ceux des hommes, mais "au sein d'un mouvement associatif paysan fort où les hommes et les femmes pourront relever ensemble des enjeux communs".

Ces quelques jours de rencontre et de débats ont permis aux femmes de se connaître, d'identifier leurs problèmes et de préciser leurs attentes. Elles ont désiré que cette rencontre soit largement diffusée (entre autres par une vidéo)et qu'un Comité de suivi soit mis en place pour suivre la mise en application des actions décidées. Elles souhaitent que d'autres rencontres aient lieu, soit au niveau local, soit au niveau régional des pays de l'Afrique de l'Ouest.


LES AUTEURS

Odile Albert
Centre de Documentation Tiers Monde (CTDM), (...)
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