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Femmes

Femmes sous lois musulmanes, un réseau de soutien

Trois femmes algériennes sont arrêtées et emprisonnées pendant sept mois sans jugement parce qu'elles débattaient du code de la famille. Une musulmane, en Inde, tente une action en justice contre l'Etat car, lors de son divorce, la loi qui fut appliquée -celle de la minorité religieuse- l'avait privée des droits garantis par la constitution. A Abu Dhabi, une femme accusée d'adultère est condamnée à être lapidée après la naissance de son enfant qu'elle nourrit depuis déjà deux mois. En Europe, les "mères d'Alger", groupe de femmes divorcées d'Algériens, sont privées de leurs droits de garde et séparées de leurs enfants.
Ce sont là quelques exemples des faits qui, dans les années 1984-1985, ont alerté la communauté internationale. Fortement soutenues par des femmes appartenant à des communautés ou des pays musulmans ainsi que par des groupes progressistes et féministes étrangers au monde musulman, les campagnes entreprises pour chacun de ces cas permirent finalement d'aboutir à des issues moins dramatiques.
Ces incidents étaient symptomatiques de la volonté de plus en plus marquée dans le monde musulman, qu'il soit au pouvoir ou non, de prendre des mesures juridiques, sociales et administratives à l'encontre des femmes et restreignant leurs droits. Ces mesures étaient justifiées par leur référence à l'Islam et aux structures et valeurs patriarcales.
Dans ce contexte, à l'occasion de la Conférence féministe internationale sur les droits concernant la reproduction (Amsterdam, juillet 1984), neuf femmes de communautés ou pays musulmans créèrent le Comité d'action des femmes sous lois musulmanes, devenu peu après le réseau Femmes sous lois musulmanes (Women Living Under Muslim Laws, WLUML).
La notion de réseau est très importante : c'est le meilleur moyen pour relayer et démultiplier les actions entreprises par les groupes tout en préservant leur autonomie et leurs priorités d'action.
Le nom même du réseau recouvre bien la complexité et la diversité des situations : il s'adresse en effet à toutes les femmes qui subissent les "lois musulmanes", qu'elles vivent dans un pays où l'islam est religion d'Etat, ou dans un pays laïc où les fondamentalistes ont réclamé une loi religieuse, ou qu'elles soient membres d'une communauté musulmane (minorité, groupe d'émigrés), ou encore qu'elles ne soient pas musulmanes mais vivant dans un pays ou une communauté où les lois musulmanes leur sont appliquées à elles et à leurs enfants.
Les actions du réseau sont multiples. Il cherche à créer des liens entre les groupes de femmes et/ou des femmes isolées lorsque celles-ci n'ont pas le droit de s'organiser, relaie les actions de solidarité et de soutien, fait circuler les appels qu'il reçoit, tente d'exercer des pressions sur les gouvernements pour obtenir l'abolition des lois discriminatoires et l'adoption de mesures prenant en compte les intérêts des femmes.
Le réseau mène aussi des actions de formation et de sensibilisation pour que les femmes prennent conscience de leurs droits, de la similitude de leurs situations dans des contextes différents et de l'universalité de leur oppression. En effet, les justifications religieuses et culturelles n'étant pas recevables, il faut aider les femmes à perdre leur sentiment de culpabilité et de fatalité religieuse ou culturelle. Il faut qu'elles sachent que revendiquer leurs droits n'est pas une trahison envers leur communauté.
Dans ce but, le réseau organise de nombreuses rencontres pour permettre des échanges d'expériences et d'informations sur les luttes et les stratégies utilisées. Il a ainsi organisé à Lahore (Pakistan)en décembre 1994 une rencontre intitulée "Sur les chemins de Beijing : femmes, loi et statut dans le monde musulman". Ce fut l'occasion de confronter les textes de lois, leurs applications et les pratiques coutumières qui régissaient la vie des femmes dans les vingt-trois pays représentés.
Le réseau attache une grande importance à la collecte de l'information et à sa diffusion. Il dispose d'un centre de ressources, a créé un répertoire d'organismes et de personnes ressources et possède également de nombreuses analyses faites par les différents groupes. Il publie dossiers, kits d'information sur des questions spécifiques, bulletin en anglais et en urdu. Il répond aux demandes d'information et fournit une assistance juridique.
Depuis 1990, le réseau a mis en route un vaste chantier. Il s'agit, pour les vingt-trois pays musulmans qui y participent, de "lire" le coran d'un point de vue féministe et d'examiner l'idée reçue selon laquelle les lois dites "lois musulmanes" sont forcément dérivées du Livre. Cette analyse permettra de tracer l'évolution des lois qui affectent les femmes, d'identifier les contradictions, les lacunes dans leurs applications. Elle servira de base à des comparaisons sur l'interprétation du coran dans les différents pays. Elle pourra permettre la production de matériel dictatique. Ainsi, au Pakistan où l'étude est achevée, deux manuels ont été publiés, l'un de vulgarisation, l'autre destiné aux juristes spécialisés dans la défense des droits. On en voit déjà les effets puisque, depuis leur sortie, des groupes de femmes et des associations ont formé un Consortium pour la réforme des lois.

Actuellement, dans le monde musulman, les mouvements de femmes sont fortement divisés pour savoir si leur lutte doit être menée dans un cadre religieux ou laïc, en lien avec les autres mouvements féministes ou de façon spécifique. Malgré ces divergences, le réseau Femmes sous lois musulmanes est le premier qui unit les femmes qui vivent sous les lois musulmanes, favorisant les prises de conscience et les actions à effet "boule de neige" grâce au travail en réseau.


LES AUTEURS

Odile Albert
Centre de Documentation Tiers Monde (CTDM), (...)
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