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Gestion durable de l’eau

Pollution des eaux et risques sanitaires : notes de lecture

Cette série de textes et d'études révèle combien la situation des ressources en eau reste préoccupante partout sur la planète, malgré les législations et les efforts de dépollution, qui semblent souvent secondaires par rapport à d'autres intérêts politiques ou économiques.

Le Monde (27 juin 1998) p.13 : La France des cours d'eau malade des pollutions par Sylvia Zappi :
Au seuil de l'été, le ministère de l'environnement dresse un constat préoccupant : les trois quarts des lieux de baignade pollués par les rejets dus à l'agriculture intensive et aux concentrations urbaines se situent dans les rivières. La dégradation de la qualité s'étend aux petits affluents. L'article est illustré par des cartes très parlantes. Une note d'Elisabeth Louvet, du Réseau national de données sur l'eau, constate qu' "un écart non négligeable subsiste entre la qualité actuelle et les objectifs de qualité" fixés par la loi sur l'eau du 3 janvier 1992. L'auteur insiste sur les lessives et les rejets d'usines ainsi que sur l'affaiblissement biologique des écosystèmes où "il n'y pas grand-chose de vivant à part les bactéries".

Trois polluants majeurs sont particulièrement mis à l'index :

* Les nitrates des engrais et des résidus provenant des élevages et responsables des "marées vertes" d'algues qui affectent les rivages français chaque été. L'azote atteint aussi les nappes phréatiques et rendre les eaux impropres à la consommation.
* Le phosphore, issu des rejets urbains, industriels et des élevages. Les lessives contribuent à hauteur de 40% aux rejets domestiques de cet élément. Cette pollution est responsable de l'eutrophisation qui asphyxie toute vie piscicole.
* Les matières organiques et l'ion ammonium provenant des centres urbains, des élevages intensifs et de l'industrie accusent une concentration excessive dans les eaux douces par endroits et, du fait de leur DOB, asphyxient les poissons.

Ce type de pollution affecte aujourd'hui tous les pays et appelle à la plus grande vigilance car il provoque la rareté de l'eau potable.

On rapprochera cet article d'un autre relatif aux boues d'épandage du à la plume de François Lemarchand, paru sur les colonnes de Ouest-France du 29 juin 1998 et qui illustre les contradictions de nos sociétés et les limites des techniques de dépollution face aux rejets de l'élevage intensif en Bretagne. A relever que la Commission européenne s'apprêtait, en Juillet 1998, à prendre des sanctions (amendes) contre le gouvernement français pour non-respect des normes européennes en Bretagne notamment.

Dans la même veine, à signaler l'étude de Pour la Science : "Nitrate : un polluant de longue durée" par André Mariotti (n° 249, Juillet 1998, p. 60- 67). Pour cet auteur, la durée de résidence dans le sol de l'azote apporté par les engrais est très longue. Les nitrates qui polluent aujourd'hui les nappes aquifères résultent de nombreuses années de fertilisation.

Ici encore, on rapprochera cette étude de celles - très techniques mais néanmoins passionnantes - de Thomas Steinheimer et al. in Environmental Science & Technology (vol. 32, n° 8 du 15 avril 1998, p. 1039 et 1048) que ne cite pas Mariotti. Ces travaux américains montrent que 22 ans de monoculture du maïs dans l'Iowa ont multiplié par dix la concentration moyenne de nitrate dans les aquifères.

Le journal médical Neuroepidemiology, 1998 ; 17 (3) ; 111-115 dans un article de GC Roman (Université du Texas à San Antonio) " Epidemic neuropathy in Cuba : a public health problem related to the Cuban Democracy Act of the United States " note que l'épidémie de syndrome neurologique grave de Guillain-Barré, à la Havane, en juin et juillet 1994, résulte de la contamination des eaux par des micro-organismes du genre Campylobacter, du fait du manque des produits de désinfection frappés par l'embargo américain.

Il est facile de supposer que, les mêmes causes ayant les mêmes effets, des cas de Guillain-Barré se sont produits en Irak, soumis lui aussi à embargo. On sait avec certitude que la mortalité infantile est très élevée, actuellement, dans ce pays : nul doute que l'eau est à incriminer.

Science, vol. 280, 29 Mai 1998, p.1353, article de Constance Holden " Chile's mackerel crisis " : La pêche effrénée au maquereau le long des côtes chiliennes a conduit à une chute telle des prises que le gouvernement va être contraint, pour la première fois, d'imposer des limitations. La pêche au maquereau dans le Pacifique sud-est , au cours de la dernière décennie, a été l'une des plus productives du monde. Les eaux chaudes d'El Niño se sont particulièrement trouvées en phase favorable avec le cycle reproductif de ce poisson d'où l'explosion phénoménale des populations. Revers de la médaille : la surpêche par les professionnels chiliens qui ont armé d'impressionnantes flottes pour profiter de cette manne- plusieurs millions de tonnes- utilisée principalement en farine de poisson. Mais, cette année, les prises sont bien maigres. Plus préoccupant encore : les adultes manquent à l'appel. Les spécialistes n'ont pas d'explications. Ils spéculent qu'une mortalité massive est passée par là. Pour éviter un effondrement total des pêches, le gouvernement chilien a organisé une réunion groupant spécialistes des pêches, universitaires, hommes d'affaires. Un système de quotas pourrait être instauré et le retour à la pêche à la sardine et à l'anchois est envisagé. Car les populations, longtemps surpêchées, semblent récupérer aux dires de Ruben Alberto Pinochet Pollastri, du Département chilien des pêches.

La surexploitation est sûre. Mais, l'augmentation de la contamination chimique des eaux de tous les océans par les métaux lourds, les PCB et les pesticides et les phtalates- attestée par de nombreux et concordants travaux- ne doit pas être négligée notamment pour expliquer des mortalités massives (qui peuvent avoir de nombreuses causes, bien sûr).

La visite du président Clinton en Chine (juin-juillet 1998) a donné l'occasion à l'Associated Press (AP) de faire le point sur les questions environnementales dans ce pays. Il est vrai que Clinton a évoqué la question de l'effet de serre à diverses reprises avec les responsables de l'Empire du Milieu. Les dépêches de l'AP sur Internet (reprises par CBS) rapportent que lors de la visite de Clinton aux beaux panoramas de la ville de Guilin (sud-ouest de la Chine), on a noté que le fleuve Li a été dépollué et ses rives replantées. Mais le gouvernement chinois, dans son rapport annuel, a admis que l'environnement était en bien piteux état et que la pollution et le manque d'eau ont un effet négatif sur l'économie. Outre les lacs, la pollution organique et par les usines affecte la plupart des cours d'eau y compris le Yangtzé, le fleuve Jaune, le Huai et le Yalu. De plus, pesticides et produits chimiques s'infiltrent dans les aquifères. L'utilisation de houille et de charbon riches en soufre provoque des pluies acides qui affecte de nombreuses régions du pays, de Heilongjiang dans le nord-est au Yunnan dans le sud-ouest. Les forêts japonaises et coréennes sont mêmes atteintes. Lors des pluies du printemps dernier, les Pékinois ont été désagréablement surpris : les précipitations d'avril, au lieu de nettoyer la capitale comme à l'accoutumée, l'ont au contraire couverte de boues. Celles-ci auraient pour origine les énormes tempêtes de poussière du nord-ouest exacerbées par l'arrachage intensif de plantes de toute sorte par des paysans affamés dans les régions particulièrement pauvres du pays, aux dires des médias gouvernementaux eux-mêmes. Le gouverneemnt s'est empressé de rassurer les Pékinois : la pluie n'est pas polluée, mais seulement boueuse. L'Agence chinoise de l'Environnement a cependant relevé "des succès remarquables" dans le nettoyage du fleuve Huai, après la fermeture de milliers de petites unités industrielles polluantes. La ville de Shanghai, de son côté, s'est embarquée dans l'ambitieuse dépollution de la fétide crique de Suzhou.

Environmental Science & Technology, vol.32, n° 9, p. 208 A : Drinking water proposal eases some health goals par Kellyn S. Betts.
L'Agence américaine de l'Environnement (EPA) se propose d'abaisser les exigences concernant certains sous-produits organiques présents dans l'eau potable, après traitement par les désinfectants javellisés. Un des produits visés est le chloroforme, cancérigène probable affectant le foie et les reins. On pense qu'il est responsable d'avortement et de malformations congénitales quand la femme enceinte consomme une eau riche en ce composé. L'EPA a changé ses techniques d'évaluation et veut à présent abroger sa règle de " tolérance zéro " pour ce composé. Ce qui provoque la colère des associations d'environnementalistes et de consommateurs. Mais ces dernières ont la possibilité légale de "commenter" et d'opposer leurs arguments à ceux des spécialistes de l'EPA, après quoi le texte ira au Sénat qui devra se prononcer avant fin novembre 1998.

Au coeur de ce débat gît le calcul du risque cancérigène. La tolérance zéro suppose une relation linéaire entre la dose et la réponse et donc l'existence d'un risque pour n'importe quelle quantité du produit suspect de cancérogénicité. La nouvelle approche choisie l'EPA est celle d'un seuil de danger au dessous duquel on assume qu'il n'y a pas de risque pour le consommateur ou que le danger est si faible qu'on peut ne pas en tenir compte.
Ce qui vérifie cette boutade usée - en dépit de la gravité de la question : "Les statistiques, pour les scientifiques, a-t-on coutume de dire, sont comme le bec de gaz pour l'ivrogne ; elles le guident plus qu'elles ne l'éclairent". Certains avancent "le risque se prend, le danger s'évite". Mais cette maxime légère est-elle applicable en la matière sachant que "prendre ce risque" fera les choux gras de certains et que la facture- in fine- sera payée par la communauté dans son ensemble et par des citoyens peu avertis ou qui n'ont pas le choix ?
Laissons la parole à Erik Olson, spécialiste de l'eau potable chez la célèbre organisation Natural Resources Defense Council (NRDC) : "Tout cette démarche de l'EPA est profondément troublante. Nous allons soigneusement examiner leur argumentaire. Depuis l'Administration Reagan, l'industrie essaie de parvenir à cette fin..."


Source : Littérature grise : notes de lecture.

Contact : Larbi Bouguerra, chantier Eau de l'Alliance pour un monde responsable et solidaire, Les Courtilles Bât. H2, 149, rue Oberkampf, 75011 Paris, France Tel/ Fax: 01 40 218862.



LES AUTEURS

Larbi Bouguerra
Larbi Bouguerra est professeur associé à (...)
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