Voici les resumes de vos interventions sur le theme "enraciner".
Faire un resume oblige a mettre des accents. Je prie les auteurs de regarder si
je les ai mis
comme il le desirent. Chacun est invite a changer le resume de son texte a
volonte (mais sans le
rallonger beaucoup ! ) Nous allons attendre une dizaine de jours avant de mettre
ces textes sur
la page Internet du chantier .
Knut introduit le debat en posant la question de savoir si le concept de
"territoire" est un
piege. Notre chantier met en avant une vision de reseaux de communication locaux
et regionaux.
Mais est-ce que ces reseaux ont encore besoin "d'entites territoriales" ? Nous
risquons
d'oublier certains aspects importants des territoires : ils sont definis par des
frontieres qui
incluent ou excluent, ils sont soumis a un controle economique et politique. Ils
peuvent etre un
support, mais pas un objectif en soi pour des mouvements sociaux emancipatrices.
Ils peuvent
exclure des personnes. Ils constituent la propriete de quelqu'un qui a le droit
d'exploiter les
habitants. Enfin, les territoires se sont toujours offerts a la voie du
developpement
"classique", ils font partie d'une strategie d'exploitation definie par des
pouvoirs
economiques.
Le terme de "territoire" n'invite pas a produire des visions emancipatrices.
Knut suggere une
serie d'autres termes (region, terre, habitants, habitat, pays…) La
de-territorialisation ainsi
qui la re-territorialisation du processus economique peuvent eventuellement
offrir une chance
aux habitants pour redefinir leurs propres terrains d'interaction et pour
obliger les pouvoirs
economiques a changer leur facons de considerer et de definir les territoires.
Yves est d'avis qu'il faut revoir notre vocabulaire. "Le territoire" en tant que
terme militaire
est entoure de frontieres a defendre. Mais on peut aussi comprendre "le
territoire" d'un point
de vue personnelle ou du point de vue d'une communaute: il est alors un espace
avec des bordures
diffuses qui invitent a la communication et a l'echange. L'administration et
l'Etat cependant
s'accrochent a la definition quasi-militaire.
L'experience communautaire varie beaucoup, notamment pour les societe nomades ou
tres mobiles.
La perception administrative du territoire comme champ d'exercice d'une autorite
est
incomprehensible pour certaines populations. En fait, nous aurions besoin de
nombreux autres
termes indiquant toujours de perceptions ou de conceptions differentes du
cosmos.
Anne rappelle que selon Gilles Deleuze et Felix Guattari, le territoire n'est
pas forcement
defini par des frontieres, mais par des manieres de se mouvoir sur la terre. Les
territoires
vecus sont flous. "Le nomade fait son territoire de maniere differente du
sedentaire, l'itinerant encore d'une autre facon" et l'homme et la femme moderne
inventent des facons toutes nouvelles. Ainsi Anne: "une bipolaire parisienne et
bretonne internationalisee de maniere sporadique"
Francois craint que nous ne negligions dans nos documents les risques de retour
identitaire vers
des territoires, retours charges de communautarismes et de nationalismes, comme
on l'observe a
ujourd'hui par exemple en Inde. Le discours anti-mondialisation est parfois
traverse de ces
ambiguites : le repli sur le territoire peut etre un programme politique en soi.
Et de rappeler
que la racine du mot territoire est la meme que terreur. Si le concept de
territoire developpe
par la FPH est a l'oppose, les recuperations sont pourtant faciles. Combien de
societes se
construisent sur le rejet de l'autre ? Et a l'inverse, combien sur
l'interculturel ? En fait,
toutes les civilisations se sont baties sur les marges, la ou les cultures et
les techniques se
frottaient, mais souvent dans l'affrontement.
Par ailleurs, Francois ne veut pas jeter trop vite le terme de territoire : il
partage les
reserves exprimees, mais ne voit pas comment remplacer le mot. Les geographes
utilisent
differents termes pour marquer des connotations specifiques ( lieu, espace,
proximite, terroir).
Ils designent les groupes associes a ces espaces comme des "communautes" ou des
"societes". Le
terme de territoire au sens de "portion de l'espace qui correspond a
l'enracinement d'un
groupe" reste le plus pratique.
Jean Charles aussi rappelle que "le territoire demeure dans les esprits un lieu
delimite avec
une frontiere qu'il faut defendre. La competition territoriale acharnee est
tellement presente
dans le cerveau reptilien des hommes et dans leur culture qu'il faudra sans
doute des
generations et des generations pour parvenir a la subsidiarite." Cette attitude
se traduit, dans
les democraties, par de nouvelles feodalites des autorites locales, par des
rivalites chauvines
des villages, des regions, des pays.Une experience de redefinition du terme a
montre "toute la
difficulte que peut presenter la mise en application des propositions d'une
gestion integree et
subsidiaire des territoires"
L'identite n'existe pas en soi, elle n'est percue que dans les situations ou
l'enracinement est menace et ou l'individu ressent le besoin d'affirmer a la
fois une similitude a un groupe et une individualite specifique. L'identite en
se reenracinant a alors une tendance naturelle a devenir sectaire.
Jean Charles decouvre meme qu'il existe une tendance sectaire dans notre
chantier, au sein de
l'Alliance ! Heureusement, il fait des propositions concretes comment en sortir.
Et il souligne
que le retour a l'interrogation est fondamental pour finaliser notre entreprise.
Ina pense qu'il est necessaire de reflechir plus sur le terme "enraciner" : les
racines d'un
homme peuvent s'attacher a plusieurs territoires et a plusieurs cultures. Ce
sont en general
des blessures qui font oublier, pendant un temps, les autres racines ou les
autres elements de
son identite. C'est le cas pour des peuples dans l'ancien empire sovietique ou
d'anciennes
plaies avaient ete cachees, et c'est le cas pour tous ceux qui subissent les
bouleversements
souvent brutaux de la mondialisation economique.
La relation particuliere qu'entretient une personne avec un pays ou un
territoire n'est donc
qu'un element parmi d'autres de son identite. La conception "tribale" de
l'identite, resultat de
quelque blessure, peut se referer a un morceau de terre, a un peuple, a une
communaute
religieuse, etc. Cette "maladie" ou cette epidemie surgit toujours quand il y a
manque de
respect, manque de prise en consideration d'un element d'identite. Il importe
donc de lutter
pour le respect de toutes les racines. Et de citer l'exemple du mouvement
international de Via
Campesina dont les membres luttent pour le droit a la terre et a la culture
autochtone tout en
s'ouvrant aux cultures differentes et en integrant, dans l'image de leur
identite, l'aspect de
citoyens du monde.
Knut apprecie "l'utilisation subversive" du terme de territoire telle que l'a
introduite Anne Il
souligne comme Francois qu'il faut cependant faire attention aux ideologies qui
peuvent etre
associees a "racines" et a "territoires". Les allemands ont fait des experiences
nefastes, en ce
domaine. La terre, le sol ou le territoire sont un don qu'il ne faut jamais
identifier avec un
droit metaphysique.
En allemand, le terme de "Gegend" ( a peu pres : contree : l'espace autour de
nous ) est en
contradiction avec le terme de "Gebiet", synonyme de "territoire" : seulement ce
dernier est un
espace gouverne, entoure de frontieres. Cette organisation des espaces a ete
introduite au moins
depuis le 16e siecle, par les etats militaristes. Aujourd'hui encore, le
behaviorisme se refere
a cette definition toujours dominante du "territoire". La globalisation nous
offre peut-etre une
chance pour depasser cette conception.
Les dominateurs ont toujours utilise des ideologies religieuses, ethniques ou
scientifiques pour
legitimer leurs pratiques dans les territoires domines. Et rarement, les sujets
domines ont pu
s'echapper des pieges du langage ideologique, pieges qui font que ceux qui
commandent et ceux
qui sont commandes agissent ensemble pour la construction d'un territoire. Mais
"s'enraciner"
signifie au fond simplement : participer a la vie et a la conscience historique.
Par nos
racines, nous cherchons, de manieres diverses, un monde vivable.
Ina Ranson
Nous rappelons qu' "enraciner" est le troisieme sous-theme du premier chapitre
de notre document. Le prochain sera "entreprendre".
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