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Quelque part sur la planète : Se souvenir du Rwanda – 15 ans plus tard, la violence se poursuit en RDC

On ne peut pas, et on ne doit pas oublier ce qui s’est passé au Rwanda en 1994. Quinze ans plus tard, le pays connaît une paix relative, mais on ne parle pas beaucoup de la violence qui est passée du Rwanda à la République Démocratique du Congo et continue, à ce jour, à meurtrir des populations civiles. Ross Hollister, un jeune volontaire travaillant en RDC, nous a envoyé ses réflexions le jour du 15e anniversaire de l’incident qui a déclenché le génocide rwandais.

Goma, RDC – 6 avril 2009. Il est 20 heures ici au Congo de l’est, et sous le rythme du tic-tac de l’horloge suspendue en haut du mur, me revient le souvenir d’un événement qui a eu lieu il y a exactement 15 ans à 3 heures de route d’ici, au Rwanda, à presque cette même heure. C’était le 6 avril 1994 et le président rwandais Habyarimana s’approchait par avion de l’aéroport international de Kigali, accompagné du président du Burundi, Cyprien Ntaryamira, de plusieurs ministres et d’un équipage français. Alors que l’avion se préparait à atterrir, quelqu’un a tiré une fusée du sol, qui a explosé contre l’avion et tué tout le monde à bord. L’assassinat a déclenché ce que l’on connaît comme le génocide rwandais, un événement qui a conduit à la mort de plus de 800 000 Tutsis rwandais et Hutus sympathisants en l’espace de 100 jours.

Se souvenir d’une tragédie

Pour ce sombre anniversaire, le Rwanda se prépare à commémorer la tragédie avec une semaine de souvenir. Dans l’ensemble du pays, les magasins fermeront à minuit pour toute la semaine, les survivants témoigneront et prieront pour leurs être chers perdus, et beaucoup enterreront les membres de leur famille retrouvés dans des charniers. Dans un rappel plus viscéral de l’atrocité, la télévision rwandaise diffusera des vidéos de cette période.

Il peut être difficile d’écrire sur le génocide, surtout en tant qu’étranger qui n’avait que 9 ans au moment des faits. Mais ce que je peux décrire est la différence que l’on remarque entre les comptes-rendus de l’horreur écrits dans les livres d’histoire après 1994, et le Rwanda d’aujourd’hui, qui à bien des égards, ne pourrait être plus paisible et harmonieux. En fait, lorsque l’on vit ici dans la République Démocratique du Congo, on voit souvent le Rwanda, en comparaison, comme un paradis, avec ses rues immaculées, une excellente sécurité et un secteur économique en plein dynamisme.

Cette différence se fait particulièrement remarquer, les week-ends, lorsque je traverse la frontière pour aller dans la ville rwandaise de Gisenyi. Un instant je fais difficilement mon chemin à travers les rues de Goma, parsemées d’ordures et de rochers, en essayant d’éviter de me faire accrocher par les bobines de fil de rasoir qui les bordent, et l’instant d’après, je marche le long d’une route pavée toute lisse sous l’ombre de grands arbres accueillants et j’admire au loin les hôtels confortables nichés le long des rivages du Lac Kivu. Telle est la différence entre les deux pays, et alors qu’une atrocité épouvantable a eu lieu au Rwanda il y a 15 ans, il est important de se souvenir aussi que des atrocités ont lieu aujourd’hui même dans la République Démocratique du Congo. Les "génocidaires" rwandais de 1994 ne sont pas simplement disparus juste après leur folie meurtrière. Ils ont fui au Congo.

"Déplacés internes"

Et c’est ici, dans les provinces de Kivu Nord et Sud, où ils se sont reformés en un groupe armé appelé les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda. Le FDLR a été la cible d’une incursion rwandaise dans la RDC le mois dernier, et a répondu aux attaques en tuant encore plus de civils dans les zones rurales, forçant à l’exode des villages entiers de la campagne. Ces villageois remplissent maintenant les camps de déplacés ici, juste en dehors de Goma. En visitant récemment deux des camps principaux (Mugunga 1 & 2), j’ai remarqué la présence de cinq grands camions de la HCR, et on m’a informé qu’ils emmenaient les déplacés ailleurs pour soulager le surpeuplement dans les camps, un signe évident que les conditions dans les campagnes sont encore trop dangereuses pour y revenir…


Lire aussi sur ce site :

- Kigali, 1997, Plate-forme pour la paix dans la région des Grands Lacs

Ce document montre l'initiative entreprise pour établir un climat de paix et de sérénité sur le long terme dans cette région des Grands Lacs qui a été si meurtrière dans un passé récent.

Cette rencontre visait à favoriser la constitution d'une Plate-forme pour la paix dans la région des Grands Lacs : elle réunit une centaine de jeunes, de femmes, de journalistes, d'organisations de défense des droits de l'homme et de parlementaires de la région. Il y eut des moments d'échange, de célébration, d'émotions, partagés par les participants pendant les débats et en marge de la rencontre : l'organisation, en ouverture de la rencontre, du premier événement artistique depuis le génocide de 1994 ; les témoignages d'une grande force et les récits intimes de survivants du génocide ; la visite à N'Tarama, où des milliers de personnes furent massacrées dans une église, transformée en mémorial du génocide. Mieux que tout autre texte, elles évoquent aussi la raison d'être et la vision de l'Alliance pour un monde responsable et solidaire.
Documents

- Femmes du Rwanda

- La diffusion des travaux du tribunal pénal international pour le Rwanda d’Arusha par l’Internet : une manière efficace de faire connaître la justice

- En anglais : The Fabric of Rwandan Organizations


LES AUTEURS

Ross Hollister
Récemment diplômé à Oberlin College dans le (...)
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Thèmes abordés

-Réflexions
-Quelque part sur la planète


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